Traitement de la Covid-19 par transfusion de plasma

Interview d'un hématologue

Restaurer une immunité chez certains patients immunodéprimés infecté par la Covid-19…, le rêve d’une poignée d’hématologues et d'infectiologues au plus fort de la crise sanitaire est devenu réalité. Ces médecins sont parvenus à guérir du virus leurs patients en rémission après un traitement du cancer du sang.

L’objectif de cette plasmathérapie semble donc d’ores et déjà rempli. Une première étude a été menée conjointement entre des médecins de l’Institut Gustave Roussy, de l’hôpital Saint-Antoine et des Hospices civils de Lyon, depuis début mai. Elle montre l’efficacité de la transfusion de plasma issu de personnes guéries de la Covid-19 (comprenant des anticorps neutralisant le virus) chez des malades atteints d’hémopathie et infectés par le SARS-CoV-2. Ces travaux ont été publiés dans la revue scientifique Blood. Une étude à plus large échelle se poursuit actuellement pour tenter de démontrer l’efficacité plasmathérapie chez ces patients immunodéprimés alors que débute la campagne vaccinale contre la COVID-19. 

Interview du Dr Thomas Hueso, hématologue à l'Institut Gustave Roussy

Quelle est la genèse de ce traitement du coronavirus chez des malades atteints d’une hémopathie ? 

Début mai, au sein de l’unité COVID de Gustave Roussy, nous avons eu l’intuition que l’apport d’anticorps anti-SARS-CoV-2 pourrait être bénéfique chez les patients immunodéprimés atteints par la COVID. En effet, l’une de nos patientes, présentait des symptômes depuis plusieurs semaines avec une altération de l’état général et une pneumopathie à SARS-CoV-2 alors que la sérologie restait négative pour la COVID-19. Nous avons alors diagnostiqué un profond déficit immunitaire, à savoir une hypogammaglobulinémie probablement secondaire à sa maladie hématologique et aux traitements administrés. En effet, la chimiothérapie et l’immunothérapie par anticorps anti-CD20 (rituximab) qu’elle avait reçus nous avait permis d’obtenir la rémission de son cancer mais corollaire, avaient entraîné une destruction transitoire de ses lymphocytes B. De ce fait, cette patiente ne pouvait plus produire d’anticorps dirigés contre le virus responsable d’une infection prolongée à SARS-CoV-2. Je lui ai alors administré du plasma convalescent issu de patients guéris du virus. Les anticorps présents dans ce plasma ont permis d’éliminer le virus et de faire disparaître les symptômes en 48h.

Vous avez donc compris que qu’une immunothérapie avait entrainé un déficit en lymphocytes B, et donc l’impossibilité de produire des anticorps ? 

Avec l’équipe d’infectiologie de l’hôpital Saint Antoine à Paris, sous la houlette du Pr Karine LACOMBE, nous avons lancé cette étude sur des malades qui n’arrivaient pas à se débarrasser du virus. Le profil de ces malades chroniques Covid-19 : être atteints d’un cancer du sang ou de maladies auto-immunes traitées par immunothérapie. Depuis avril 2020, l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) autorise la délivrance du plasma convalescent dans le cadre d’un protocole d’utilisation temporaire (PUT) pour les malades ne pouvant être inclus dans les essais cliniques. Grâce à une coopération avec l’Etablissement Français du Sang, nous avons commencé à administrer du plasma convalescent à ces malades, après avoir pris la décision en RCP (Réunion de concertation pluridisciplinaire) dans nos hôpitaux. 

A l’issue de cette étude publiée fin novembre dans Blood, nos travaux ont montré la preuve de concept de l’intérêt du transfert d’immunité chez des patients qui ne produisent pas d’anticorps contre la Covid-19. Le plasma convalescent permet d’obtenir une guérison, et semblerait d’autant plus efficace qu’il est administré précocement dans l’évolution de la maladie. Un bémol : il était toutefois difficile de faire « remonter la pente aux patients » arrivant dans nos services dans un état déjà sévère, avec des besoins en oxygène élevés. Nous avons tout de même eu quelques bonnes surprises, en déventilant des patients intubés grâce à l’administration de plasma. 

Cette étude est-elle poursuivie aujourd’hui ?

Oui, tout à fait. Elle a été menée jusqu’à présent sur plus d’une centaine de malades. L’analyse et le suivi de ces patients traités sont en cours afin de mieux définir le bénéfice  de la plasmathérapie. L’enjeu est de taille car il s’agit de patients fragilisés par le cancer et leur traitement et pour la plupart en rémission. Il est important d’essayer d’apporter des solutions thérapeutiques dans cette population bien précise. 

La plasmathérapie pourrait-elle être aussi la solution pour soigner de la Covid-19 les patients atteints d’autres cancers ?

La plasmathérapie semble efficace chez les patients présentant un déficit immunitaire humoral acquis (les hémopathies lymphoïdes B, les pathologies auto-immunes traités par rituximab…) ou inné. S’agissant des patients atteints de tumeurs solides, nous ne disposons pas encore de données assez précises mais si certains traitements ou tumeurs entrainent une lympho-déplétion B alors le plasma pourrait s’avérer être une sérieuse option de traitement. 


Christine COLMONT

Source :


Thomas Hueso,  Cécile Pouderoux,  Hélène Péré,  Anne-Lise Beaumont,  Laure-Anne Raillon,  Florence Ader,  Lucienne Chatenoud,  Déborah Eshagh, Tali-Anne Szwebel,  Martin Martinot,  Fabrice Camou,  Etienne Crickx,  Marc Michel,  Matthieu Mahevas,  David Boutboul,  Elie Azoulay,  Adrien Joseph, Olivier Hermine,  Claire Rouzaud,  Stanislas Faguer,  Philippe Petua,  Fanny Pommeret,  Sébastien Clerc,  Benjamin Planquette,  Fatiha Merabet, Jonathan London,  Valérie Zeller,  David Ghez,  David Veyer,  Amani Ouedrani,  Pierre Gallian,  Jérôme Pacanowski,  Arsène Mékinian,  Marc Garnier, France Pirenne,  Pierre Tiberghien,  Karine Lacombe


Convalescent plasma therapy for B-cell–depleted patients with protracted COVID-19, 
Blood, 12 novembre 2020
. https://doi.org/10.1182/blood.2020008423







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