Syndrome de glissement en EHPAD :

une fatalité ?

Dans certains cas, les personnes âgées en EHPAD décèdent rapidement après leur admission [1].  Leurs proches les voient se battre puis progressivement se désintéresser de la vie, refuser de s’alimenter, se renfermer… jusqu’à un déclin global, c’est ce que l’on appelle le syndrome de glissement [2,3]. 

Syndrome de glissement, une espérance de vie réduite 

Ce syndrome a été décrit pour la première fois en 1956 par le Français Jean Carrié, gériatre, comme « un processus d'involution et de sénescence porté à son état le plus complet ». Le Dr Delomier en 1985 parle de « décompensation rapide de l’état général, de l’état hémodynamique et psychiatrique faisant suite à une affection aiguë qui est guérie ou en apparence guérie ». Chute, maladie ou perte d’un conjoint… tels peuvent être les déclencheurs. D’aucuns mettent en garde sur la nécessité de différencier dépression et syndrome de glissement. Dans le premier cas, des traitements existent pour redonner le goût à la vie et l’estime de soi. Mais dans l’autre cas, la prise en charge est très complexe (soins infirmiers et soins de confort, renutrition et réhydratation, kinésithérapie de mobilisation, traitements médicamenteux). Communication avec le patient et alliance avec l’entourage sont décisives pour un bon accompagnement [2]. Le Centre National des Soins Palliatifs et de la Fin de Vie (CNSPFV) [4] aborde très clairement cette question.

L’entrée en EHPAD, la rupture

L’entrée en EHPAD est parfois inévitable. Le sujet souffrant de polypathologies ne peut plus rester chez lui. La mise en place d’un système de soins à domicile est trop lourde ou trop onéreuse. Les enfants, le conjoint ne peuvent indéfiniment faire abstraction de leur propre vie, avec parfois des conséquences sur leur santé. Alors la solution de l’EHPAD s’impose. Elle est discutée et pesée en famille, avec la personne âgée concernée quand celle-ci le peut. Arrive l’entrée dans ce nouveau lieu de vie, où soudainement, celle ou celui qui croyait avoir sa place dans la société se retrouve avec d’autres plus branlants que lui, d’autres qu’il ou elle n’a pas choisi. Il faut accepter ce changement brutal, la perte de ses habitudes, de son domicile, le regard que les autres portent sur soi, un rythme de vie totalement chamboulé, l’intrusion dans sa vie intime par des inconnus.

Faisons bouger les choses

Malgré tous les efforts admirables fournis par les personnels courageux et bienveillants des EPHAD pour accompagner le résident sur ce nouveau chemin, rien n’y fera. L’être humain autrefois amené à exercer des responsabilités, d’une vie souvent riche et aimante, se retrouve dans un lieu parfois choisi mais non désiré. Certains vont intégrer l’idée sans se poser de questions, d’autres se laisseront glisser et subiront, impuissants.

Alors interrogeons-nous ? Quelles améliorations apporter pour redonner sa place au résident en tant que personne sociale, homo sapiens mobile, l’ouvrir sur l’extérieur comme il l’a toujours été ? Car nous en avons conscience, la plupart d’entre nous est susceptible de terminer sa vie dans un EHPAD. A nous de proposer de faire bouger les choses pour que nous ne subissions pas ce que nos proches vivent aujourd’hui ou ont vécu.


Cécile MENU



Sources :

1. https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/er1094_toile.pdf (chiffres 2015)

2. N. Weimann Péru, J. Pellerin - Le syndrome de glissement : description clinique, modèles psychopathologiques, éléments de prise en charge - L’Encéphale, Volume 36, Supplement 2, June 2010, Pages D1-D6.

3. Présentation : Déprise, impasse étiologique et syndrome de glissement - Cyril Hazif-Thomas Service intersectoriel de Psychiatrie du Sujet Agé CH Bohars, CHRU de Brest

4. https://www.parlons-fin-de-vie.fr/


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