Maladie d’Alzheimer : mise en évidence d’un processus de l’atrophie hippocampique

Le thème du vieillissement - plus précisément du bien-vieillir - était l’objet de la Journée Mondiale de la Santé 2012, et l’annonce faite par le CNRS sur la publication des résultats d’une étude à propos du vieillissement du cerveau vient prolonger cette thématique.

Une étude internationale conduite en France par le Pr Christophe Tzourio  a examiné les « variabilités génétiques associées à la réduction du volume de l'hippocampe ». Les résultats de cette étude viennent confirmer que des facteurs génétiques sont associés à une structure cérébrale, compromis dans le vieillissement cérébral et les démences. Une avancée majeure qui va permettre de déchiffrer plus précisément les mécanismes de la maladie d’Alzheimer.

Identification de modifications génétiques en lien avec le vieillissement du cerveau

Publiés le 15 avril 2012 dans la revue Nature Genetics, les résultats de ce travail porte une nouvelle lueur d’espoir, de manière générale dans le cadre de la sénescence du cerveau et plus précisément pour saisir les mécanismes des démences et de la maladie d’Alzheimer en particulier. sachant que 25% des personnes âgées de plus de 90 ans sont atteintes de la maladie d’Alzheimer et que l’espérance de vie est grandissante, la Recherche ne cesse de chercher à obtenir des résultats afin d’enrayer cette maladie neurodégénérative affectant plus de 25 millions de personnes dans le monde.  

L’étude a analysé les génomes et les données IRM de 9232 personnes âgées de 56 à 84 ans. L’objectif était avant tout de détecter un agrégat éventuel « entre certaines mutations et la diminution du volume de l'hippocampe. Les données des participants (avec et sans démence) ont été extraites de huit grandes cohortes européennes et nord-américaines. »

L'hippocampe est une structure cérébrale des mammifères dont la diminution du volume avec l'âge est adjointe aux troubles de mémoire - et l’accroissement de ce phénomène est l’une des manifestations de la maladie d'Alzheimer. Suite à une collaboration internationale comprenant des équipes de recherche françaises (Inserm U708 - Université de Bordeaux, C.Tzourio ; Groupe d'imagerie neurofonctionnelle CNRS/CEA/Université Bordeaux Segalen, B.Mazoyer ; UMR 744 Inserm Université de Lille, P.Amouyel), des « mutations génétiques associées à la réduction du volume de l'hippocampe ont été mises en évidence ».

Les chercheurs ont constaté que « des réductions du volume de l'hippocampe apparaissent avec l'âge sous l'effet cumulatif de divers facteurs. L'atrophie hippocampique étant un marqueur biologique reconnu de la maladie d'Alzheimer, il était important pour les chercheurs de déterminer l'origine de ce processus. » L'équipe de chercheurs a « tout d'abord pu repérer 46 différences dans la séquence de l'ADN des participants a priori associées à une réduction du volume de l'hippocampe. Dix-huit  mutations situées sur des régions différentes du chromosome 12 sont de manière significative associées à une réduction du volume de l'hippocampe. Les associations restantes ont inclus une mutation sur le chromosome 2.

Enfin, une dernière mutation sur le chromosome 9 a été, quant à elle, associée à une réduction de l'hippocampe dans un troisième échantillon plus jeune. Ces résultats signifient que des facteurs "encore non identifiés" déclenchent des mutations dans des endroits bien précis du génome qui entrainent la réduction du volume de l'hippocampe. Une fois les mutations mises en évidence, les scientifiques ont cherché ce qu'elles modifiaient. Ils ont découvert qu'elles changeaient la structure de gènes importants aux fonctions multiples impliqués entre autres dans la mort cellulaire (HRK) ou le développement embryonnaire (WIF1), le diabète (DPP) ou encore la migration neuronale (ASTN2). »

Etude marquant une avancée de taille, cette étude est aussi une nouvelle approche, puisqu’elle étudie « non pas une maladie mais une région cérébrale cible va permettre de décrypter de manière plus précise les mécanismes de la maladie d'Alzheimer ».
 
Les futurs stades de recherche ambitionneront à mieux saisir comment ces mutations génétiques se transcrivent dans le plan général de la maladie d'Alzheimer. Bien que les impacts cliniques ne soient pas encore pour demain, comme les différentes découvertes du début de l’année 2012 sur la maladie d’Alzheimer, « ces découvertes sont un pas vers une meilleure compréhension de cette maladie et du vieillissement cérébral en général ». Elles confirment et insistent aussi sur la nécessité d’accomplir « des examens sophistiqués comme l'IRM cérébrale et l'étude du génome au sein des études de cohorte. Cela ne peut se faire que dans une forte collaboration entre ces disciplines », souligne le Pr Christophe Tzourio (Expert en épidémiologie des maladies neurologiques).

                                                                                                     


Sources

Biographie du Pr Christophe Tzourio

Christophe Tzourio a une formation initiale de neurologue vasculaire. Lors de son clinicat il a fait une thése d'épidémiologie sur la modélisation de la transmission génétique de la maladie d'Alzheimer. Il est entré à l'Inserm en 1994 et, en 2005, il est devenu directeur d'une unité de recherche consacrée à l'étude des facteurs de risque des maladies neurologiques. Il est membre du Conseil Scientifique de l'Inserm. Il est Co-Investigateur Principal d'une grande étude de population, l'étude 3C, qui a pour but d'étudier l'importance des facteurs vasculaires dans les processus démentiels et Investigateur Principal d'un essai thérapeutique sur la prévention des lésions microvasculaires cérébrales. Sources via Fondation Alzheimer.

 


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