Une randonneuse de 29 ans hospitalisée après une morsure de tique passée inaperçue

Elle n’a rien senti sur le moment, juste une journée de marche, du soleil et un sentier familier. Le lendemain, une fatigue lourde, une fièvre sourde, puis des douleurs diffuses. À 29 ans, Camille s’est retrouvée aux urgences, déconcertée par un malaise qui s’installait sans explication.
« Je croyais à un coup de froid, j’ai pris du paracétamol et j’ai attendu », raconte-t-elle. « Le troisième jour, j’avais des frissons et une rougeur qui grandissait sur la cuisse. Là, j’ai compris que quelque chose n’allait pas. »
Un malaise qui s’intensifie
Les premiers signes ont été discrets, presque banals, comme une gastro sans vomissements. Puis une plaque rosée est apparue, à bords plus clairs, un cercle qui s’étendait lentement. « C’était un érythème migrant typique », décrit le Dr Élodie Martin, médecin infectiologue. « Beaucoup de patients ne voient pas la piqûre, mais la peau parle, parfois avec un retard. »
À l’hôpital, la jeune femme est mise sous surveillance, hydratation intraveineuse et bilan biologique. Pas de panique, mais une course contre le temps. « On préfère traiter vite quand le tableau est évocateur », précise la spécialiste. « Mieux vaut une antibiothérapie précoce qu’une évolution vers des atteintes articulaires ou neurologiques. »
Le diagnostic derrière un point minuscule
La marche avait eu lieu en lisière de forêt, pantalon léger, chaussettes basses, pause assise dans l’herbe encore humide. Rien de spectaculaire, juste un instant propice. « Les tiques sont minuscules au stade nymphe, et leur salive anesthésiante rend la morsure indolore », rappelle le Dr Martin. « On voit rarement l’instant T. On voit l’empreinte qu’il laisse. »
Les examens confirment le soupçon clinique. Une forme précoce de borréliose de Lyme est retenue, avec traitement adapté et repos strict. « En 48 heures, je me suis sentie revivre », souffle Camille. « Mais j’ai compris à quel point j’étais mal informée. »
Pourquoi les tiques échappent au regard
Le printemps et l’été sont des périodes très actives pour les tiques, surtout en zones bocagères et forestières. Elles attendent, accrochées aux herbes, et s’agrippent au passage d’un hôte. L’absence de douleur trompe, la taille minime aussi. On parle de quelques millimètres, parfois à peine un grain de sésame.
En France, des milliers de cas sont signalés chaque année, avec des disparités régionales. Les zones très végétalisées, les bords de chemins, les jardins non entretenus sont concernés. « Le meilleur réflexe, c’est l’inspection du corps après chaque sortie », insiste la médecin. « Et l’idée qu’une tique peut se cacher là où on ne pense jamais: derrière le genou, dans les aisselles, au cuir chevelu. »
Gestes simples qui changent tout
Face à ces parasites discrets, quelques précautions suffisent souvent à réduire le risque. Elles ne ruinent pas une balade, elles l’accompagnent de bon sens:
- Porter des vêtements longs et clairs, rentrer le pantalon dans les chaussettes, rester au milieu du sentier quand la végétation est haute.
- Utiliser un répulsif homologué (DEET, IR3535, picaridine) sur la peau et les textiles selon les recommandations.
- Inspecter le corps et les vêtements au retour, surtout les plis cutanés et le cuir chevelu.
- Retirer la tique avec un tire‑tique dès que possible, en saisissant au plus près de la peau, sans huile ni alcool.
- Surveiller l’apparition d’une rougeur étendue, d’une fièvre ou de douleurs inhabituelles, et consulter sans retard.
« Plus la tique reste accrochée, plus le transfert d’agents infectieux est probable », rappelle le Dr Martin. « Le bon geste au bon moment change l’histoire. »
À l’hôpital, l’attente et les réponses
Entre les prises de sang et les perfusions, Camille a surtout attendu. « J’étais fatiguée, mais rassurée d’être prise en charge », dit-elle. Les soignants ont posé des mots simples sur un mécanisme complexe: une bactérie transmise par une tique, repérée tôt, traitée vite.
Les équipes insistent sur l’importance de la pédagogie. Trop d’idées fausses circulent, entre minimisation et panique. « La grande majorité des patients guérissent très bien quand le traitement est instauré rapidement », souligne la spécialiste. « L’objectif, c’est la vigilance, pas la peur. »
Retour sur pieds, un message de vigilance
De retour chez elle, Camille a rangé un tire‑tique dans sa trousse de randonnée et collé une note près de la porte: « Vérifie tes jambes ». Elle a repris les sentiers, plus attentive, pas moins libre. « Je n’ai pas renoncé à la nature », dit-elle. « J’ai juste appris à la respecter autrement. »
La randonnée reste un plaisir puissant, un espace de respiration. Entre deux flaques de lumière, un regard de plus sur la peau vaut bien une minute. Parce qu’un point minuscule peut écrire une grande histoire, et que la prévention, souvent, tient dans un geste. « On ne voit pas toujours le danger, mais on peut le devancer », résume le Dr Martin, avec ce mélange de prudence et de sérénité qui fait les bons conseils.
À propos de l'auteur
Dr Jean-Pascal Del Bano
Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.
