Suicide : que dire et que ne pas dire si quelqu’un te confie qu’il veut se suicider

Suicide. Le seul mot peut effrayer, mais il est vital que le lecteur ne détourne pas le regard, car disposer des outils nécessaires pour aborder ce sujet peut sauver des vies, celles que 3 808 personnes se sont ôtées en Espagne l’an dernier, selon l’Institut national de statistique (INE). À l’occasion de la Journée internationale de prévention du suicide, CuídatePlus s’entretient avec Timanfaya Hernández, doyenne du Collège officiel de la psychologie de Madrid (COP), pour savoir comment aider une personne qui avoue vouloir se suicider.
« Il est normal que lorsque quelqu’un nous dit qu’il pense à mettre fin à ses jours, une alarme s’active et que nous ayons l’impression de devoir agir ou dire quelque chose immédiatement », rappelle Timanfaya Hernández, doyenne du Collège officiel de la psychologie de Madrid (COP). Cependant, l’expert précise que la première étape est d’écouter : « Il ne s’agit pas de trouver les mots parfaits, ni de penser qu’une conversation va soulager toute cette souffrance ». Ainsi, l’important est que la personne sente que quelqu’un prête réellement attention à ce qu’elle vit et qu’elle puisse en parler sans être jugée.
À l’heure de réagir, la psychologue avertit que, plus que chercher une phrase parfaite, il faut savoir quels messages éviter : ceux qui minimisent la souffrance, comme « mais si tu as tout », « ce que tu envisages est une folie », « il y a des gens qui vont mieux » ou ceux qui tentent de minimiser l’importance. « Même dits avec de bonnes intentions, ils peuvent faire que la personne se sente encore plus incomprise et se referme ». La clé est de valider l’émotion et la souffrance qui se cachent derrière, sans valider l’idée de se débarrasser de sa vie.
À ce stade, faut-il se demander s’il est recommandé de poser directement à la personne la question de savoir si elle pense à se suicider ? À ce sujet, Hernández précise que cela ne s’agit pas de poser des questions « comme si nous étions des professionnels » ni de transformer la conversation en interrogatoire. Il s’agit, insiste l’experte, « de continuer à écouter ». Cela dit, elle précise que demander directement « envisages-tu de te faire du mal ? » ou « as-tu pensé à te suicider ? » peut aider la personne à mettre des mots sur quelque chose qui peut être très difficile à exprimer.
Plus important que ce que nous demandons, est la façon dont nous le faisons. Selon la psychologue, nous devons agir avec proximité, sans juger, prêts à écouter la réponse et, à partir de là, accompagner cette personne pour chercher l’aide dont elle a besoin.
(Photo : Magnific)
Que faire si la personne demande que son secret soit gardé ?
Respecter l’intimité ne signifie pas garder un secret si la vie de cette personne peut être en danger. Selon Hernández, « nous pouvons exprimer notre inquiétude avec proximité : ‘Je suis inquiet pour toi et je veux t’aider. Cherchons de l’aide ensemble’ ». Dans la mesure du possible, « nous devons impliquer la personne et préserver son autonomie ». Néanmoins, s’il existe un risque immédiat, elle précise que la priorité est sa sécurité et qu’il ne faut pas la laisser seule.
Par ailleurs, dans le processus d’accompagnement, il arrive fréquemment que surgisse la peur de ne pas bien faire ou le sentiment d’être responsable de ce qui pourrait arriver, ce qui peut générer beaucoup de culpabilité. À cet égard, l’experte précise que l’accompagnement ne signifie pas endosser le rôle d’un psychologue ni se charger des actes d’autrui.
Le but, insiste-t-elle, est d’être présent, d’écouter, de maintenir le contact et d’aider à élargir le réseau de soutien et à rechercher une aide professionnelle. « Nous pouvons accompagner dans ce poids, mais nous ne devons pas le porter seuls », conclut-elle.
À propos de l'auteur
Dr Jean-Pascal Del Bano
Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.
