Remercie la flamme pour sa lumière, mais n’oublie pas le pied du candélabre qui la soutient dans l’ombre

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Nous avons tendance à ne voir que ce qui brille. La personne qui présente les résultats, celle qui reçoit la reconnaissance, le succès qui apparaît au premier plan. C’est ce que nous percevons le plus aisément. Cependant, ce qui soutient tout cela passe souvent inaperçu.

L’aphorisme 64 des Stray Birds (1916), de Rabindranath Tagore, le décrit à travers une image très précise : « Remercie la flamme pour sa lumière, mais n’oublie pas le pied du candélabre qui, constant et patient, la soutient dans l’ombre ».

Cela ne vise pas à diminuer le mérite de celui qui éclaire. D’abord, invite à reconnaître sa lumière; ensuite, élargit le regard vers ce qui la rend possible.

L’invisible qui soutient le visible

Il existe une tendance naturelle à associer le succès à celui qui est le plus en vue au moment présent. Mais presque aucun résultat important ne se construit seul.

Derrière la personne qui présente se cache celui qui a préparé les données. Derrière le projet livré, celui qui a résolu les petits problèmes avant qu’ils ne deviennent urgents.

Derrière celui qui peut se dédier à quelque chose avec intensité, il y a quelqu’un qui gère d’autres responsabilités pour que cela soit possible.

Ce n’est pas qu’une métaphore. Au travail, les collègues qui maintiennent les processus en ordre, qui répondent aux courriels sans attendre de reconnaissance, qui détectent des erreurs avant qu’elles ne s’en
viennent critiques : leur travail est précisément celui qui passe inaperçu lorsque tout fonctionne bien.

Dans la vie familiale, les soins répétés — ceux qui sont prodigués tous les jours sans attendre que quelqu’un les signale — constituent le sol sur lequel reposent d’autres moments qui, eux, reçoivent l’attention.

Tagore donnait un nom à quelque chose que nous connaissons tous, mais que nous articulons rarement avec clarté.


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La même question appliquée à ses propres réalisations

L’image du candélabre peut aussi se tourner vers soi-même. Quand quelque chose se passe bien, quand on peut être fier de ce qui a été accompli, il convient de se demander : qu’est-ce qui a rendu cela possible ? Non pas pour diminuer le mérite de ses propres efforts, mais pour voir plus exactement comment ce résultat a été réellement construit.

Quelle personne a enseigné quelque chose au moment opportun. Quelle opportunité est arrivée au bon moment. Quel travail préalable des autres a créé les conditions pour que sa propre contribution puisse avoir lieu. Cette manière de regarder n’affaiblit pas le succès; elle le situe dans son contexte réel.



Un exercice simple pour élargir la perspective

La proposition de Tagore peut devenir une habitude très concrète. Devant quelque chose qui suscite l’admiration, faites une pause et posez-vous deux questions :

  • Qu’est-ce que je vois qui brille ?
  • Qu’est-ce qui demeure dans l’ombre et le soutient ?

Il n’est pas nécessaire d’aboutir à une réponse complète. La valeur de l’exercice réside dans la pause, dans la disposition à regarder au-delà de l’évidence.

Dans les relations, cette pause peut se traduire par nommer quelque chose qui n’est habituellement pas nommé. Un remerciement qui va au-delà du geste visible. Reconnaître quelqu’un dont la contribution n’a pas été spectaculaire mais constante.

Ce type de reconnaissance n’est pas négligeable. Pour celui qui la reçoit, elle peut changer considérablement la façon dont il perçoit sa place dans ce qui se construit ensemble.

Reconnaître l’invisible n’atténue pas le mérite de celui qui se distingue. Ce que cela fait, c’est offrir une image plus complète de la manière dont se construisent réellement les choses qui comptent. Presque rien n’arrive seul, et presque rien ne brille sans quelque chose qui le soutienne en dessous.

Tagore écrivit cet aphorisme il y a plus d’un siècle, et il décrit quelque chose qui n’a pas changé: l’attention humaine se porte vers la lumière, et le pied du candélabre demeure invisible pour celui qui ne s’arrête pas à le chercher.

À propos de l'auteur

Dr Jean-Pascal Del Bano

Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.

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