Marcos Llorente et son régime strict pendant la Coupe du Monde : pourquoi il refuse un bonbon, c’est plus de psychologie que de nutrition

Marcos Llorentee, joueur de l’équipe nationale espagnole de football, a de nouveau suscité la polémique en refusant un Chupa Chups offert par un journaliste, arguant qu’« il ne mange pas ce genre de choses ». Que se passerait‑il si un footballeur comme lui, soumis à un régime très strict, goûtait à un Chupa Chups ? María José Cachafeiroo, experte en nutrition, croit que « l’intérêt du sujet ne réside pas tant dans le Chupa Chups que dans ce que cela représente ».
La discussion ne devrait pas porter sur si Marcos Llorente « est obsédé » ou si « par un bonbon, rien ne se passe ». De son point de vue, l’important est d’expliquer « comment pense un athlète d’élite et, en même temps, démystifier certains mythes autour de l’alimentation ».
En résumé, qu’est‑ce qui se passe réellement si une personne qui suit une alimentation extrêmement soignée consomme un Chupa Chups ? La réponse, sans équivoque, est « très peu voire rien ».
Apport nutritionnel du Chupa Chups.
Il est vrai que, sur le plan nutritionnel, un Chupa Chups n’apporte pas grand-chose. L’un de ces bonbons classiques “pèse environ 12 grammes et fournit environ 45 kcal”, précise Cachafeiro. De plus, elle ajoute « il contient du sirop de glucose, des acidulants, des arômes et, selon la variété, des colorants. En somme, d’un point de vue nutritionnel, il fournit une énergie rapide, mais très peu de nutriments d’intérêt ».
Chez une personne saine, manger un Chupa Chups provoque une légère hausse de la glycémie et la libération correspondante d’insuline. Ensuite, précise‑t‑elle, « ces calories seront utilisées ou stockées selon le contexte ». Il faut dire que l’ingestion d’un tel bonbon ne nuit pas brutalement à la flore intestinale, n’engendre pas une inflammation durable ni ne mettra pas en péril une alimentation saine par lui‑même et n’apporte pas non plus de bénéfice nutritionnel notable.
La question suivante posée par l’experte est: « Un athlète d’élite peut‑il manger un Chupa Chups ? » À cela, la réponse est claire. Oui. « Il n’existe aucun motif physiologique qui fasse qu’un bonbon occasionnel transforme un footballeur professionnel en athlète moins performant ». En fait, selon Cachafeiro, « lors de tests d’endurance tels qu’un marathon, une étape cycliste ou un triathlon, le sucre est précisément l’un des carburants que nous cherchons ». D’ailleurs, « de nombreux gels sportifs contiennent de la glucose, de la maltodextrine et du fructose », et, comme pour tout, « la différence se situe toujours dans le contexte ».
Disciplina stricte
Alors, pourquoi Marcos Llorente le refuse‑t‑il ? Ici, il semble que ce soit bien plus une question de psychologie que de nutrition. « De nombreux athlètes de haut niveau éliminent certains aliments de leur quotidien car il leur est plus facile de maintenir des règles claires que de négocier sans cesse avec eux‑mêmes », explique Cachafeiro. Selon elle, il ne s’agit pas nécessairement de considérer qu’un Chupa Chups est « vénéneux », mais de maintenir une discipline très stricte et des habitudes cohérentes avec son mode de vie. Lorsque la profession dépend en partie de petits détails, de nombreuses décisions se prennent davantage sur la base de la constance que sur l’impact d’un aliment isolé.
Pourtant, comme le souligne l’experte en nutrition, cela ne signifie pas que cette façon de manger doive être le modèle pour l’ensemble de la population. Il est important de comprendre que la plupart des gens n’ont pas besoin de vivre sous le diktat d’un bonbon. Ce qui conditionne réellement la santé n’est pas un Chupa Chups occasionnel, mais le schéma alimentaire quotidien, c’est‑à‑dire l’excès régulier de boissons sucrées, de pâtisseries, d’aliments ultra‑transformés, de grignotages constants ou une alimentation pauvre en produits frais.
Selon elle, « il faut éviter les deux extrêmes que l’on voit souvent sur les réseaux sociaux », car ni un Chupa Chups ne transforme une alimentation équilibrée en mauvaise alimentation, ni une salade ne peut compenser une semaine de mauvais choix.
Dans le cas précis de Llorente, « si cette approche l’aide à préserver sa discipline et à donner le meilleur de lui‑même, c’est une décision tout à fait respectable ». Cela dit, « il ne faut pas extrapoler cette exigence à l’ensemble de la population ». C’est pourquoi, comme le souligne bien Cachafeiro, « la majeure partie des gens gagnerait bien plus à apprendre à bien manger 90‑95 % du temps qu’à viser une perfection qui, en plus d’être inutile, est souvent difficile à maintenir ».
À propos de l'auteur
Dr Jean-Pascal Del Bano
Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.
