Malena García Arredondo, gastro-entérologue : « Bien dormir ne commence pas par l’oreiller, mais par l’intestin »

Il est vrai que nous dormons bien moins que ce que nous devrions. Les spécialistes du sommeil recommandent de dormir chaque jour entre sept et neuf heures, ce qui demeure en réalité un rêve pour beaucoup. Les obligations quotidiennes et les plaisirs peuvent souvent faire en sorte que nous ne parvenions pas à maintenir une routine régulière consistant à nous coucher et à nous lever à la même heure chaque jour.
L’ insomnie se rattache précisément à ce rythme effréné, à l’absence de bonnes habitudes de sommeil, au stress et à l’anxiété. Toutefois, Malena García Arredondo, spécialiste du système digestif et directrice de l’unité MGA Healthy Digest au Memorial Publio Cordón Hospital, à Pozuelo de Alarcón, suggère qu’il pourrait y avoir un autre acteur dans ce manque de sommeil : l’intestin.
Axe intestin-cerveau
L’experte précise que « chaque nuit, notre système digestif et notre cerveau entretiennent une conversation silencieuse. Lorsqu’elle se dérègle, que ce soit en raison du stress, d’horaires chaotiques ou d’une alimentation inappropriée, le sommeil en pâtit également ». Cette relation fait partie de ce qu’on appelle l’axe intestin-cerveau. C’est pourquoi elle affirme que l’insomnie ne se réduit pas à dormir peu mais qu’elle produit une perturbation systémique qui affecte de nombreuses fonctions du corps. « Lorsque le sommeil se fragmente ou se raccourcit de manière chronique, le corps active des mécanismes de stress qui finissent aussi par impacter l’intestin », explique García Arredondo.
Effets de l’insomnie sur le corps
Un repos insuffisant active l’axe hypothalamus-hypophyse-surrénales, ce qui entraîne une hausse des niveaux de cortisol — l’hormone du stress — et perturbe la physiologie digestive.
Cette activation peut entraîner :
- Des changements de la motilité intestinale, tels que la diarrhée ou la constipation.
- Une augmentation de la sensibilité viscérale.
- Une digestion plus lourde.
- Une augmentation de la perméabilité intestinale, ce que l’on appelle communément leaky gut.
« Dormir mal favorise une barrière intestinale plus perméable et cela facilite le passage de substances inflammatoires dans le sang, générant une inflammation de bas grade », ajoute García Arredondo.
Comment dormir mal affecte le microbiote
Le sommeil est régulé par les rythmes circadiens, c’est‑à‑dire par l’horloge interne qui nous fait dormir la nuit et rester éveillés le jour. Les bactéries intestinales, la microbiote populaire, suivent elles aussi des cycles quotidiens, de sorte que des horaires peu réguliers perturbent leur équilibre et favorisent la disbiose intestinale.
Couramment, l’experte indique que l’insomnie et un repos insuffisant entraînent une moindre diversité de microbiote, davantage de bactéries pro-inflammatoires et une réduction des métabolites qui jouent un rôle crucial dans la régulation du sommeil et de l’inflammation.
Cercle vicieux entre microbiote et sommeil
Cette relation entre les bactéries et le sommeil se produit dans les deux sens. Qu’est‑ce que cela signifie ? Cela veut dire que l’intestin a aussi beaucoup à dire sur le repos. En effet, selon l’experte, le microbiote influence la production de neurotransmetteurs essentiels tels que la sérotonine, précurseur de la mélatonine, et le GABA, lié à la relaxation et à l’endormissement. « Un intestin déséquilibré peut modifier des signaux neurochimiques qui participent directement à la façon dont nous dormons, dont nous nous reposons et dont nous gérons le stress », affirme-t-elle.
Ainsi, se produit un cercle peu vertueux où l’insomnie favorise l’apparition de la dysbiose et de l’inflammation, qui à leur tour dégradent encore davantage la qualité du repos.
(Foto: Alamy/Cordon Press)
Habitudes de sommeil correctes
L’experte de MGA Healthy Digest indique que pour corriger ce dysfonctionnement et pouvoir profiter d’une bonne santé intestinale et d’un sommeil réparateur, il faut adopter une approche combinée. « Prendre soin de la santé intestinale peut devenir un outil très utile pour améliorer le repos et rétablir l’équilibre général de l’organisme », précise-t-elle, et c’est pourquoi elle recommande :
- Un style de vie qui encourage le sommeil nocturne et qui se fasse systématiquement à la même heure afin de se lever durant la journée. Dans ce cadre, il convient également de s’exposer à la lumière du soleil et de ne pas porter de lunettes de soleil le matin pour mettre notre rythme circadien en ordre.
- Accorder de l’attention à la chrononutrition et tenir compte non seulement de ce que nous mangeons mais aussi du moment où nous le faisons. Cela implique des repas réguliers et de veiller à ne pas dîner tard et à limiter les collations nocturnes. « La microbiote a aussi une horloge. Lorsque nous dérangeons continuellement nos horaires, l’intestin perd une partie de cette capacité de régulation », explique García Arredondo.
- Suivre un schéma de régime méditerranéen, qui comprend des fruits et des légumes frais, huile d’olive extra vierge, des légumineuses et des protéines de qualité, en privilégiant celles provenant du poisson ou des viandes blanches, ainsi que le yaourt ou le kéfir.
À propos de l'auteur
Dr Jean-Pascal Del Bano
Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.
