Les dermatologues alertent sur les dangers cachés des tatouages

Les tatouages sont à la mode actuelle. Levez la main ceux qui n’en possèdent pas ou qui ne connaissent personne qui en ait un. Ils existent dans tous les styles et toutes les dimensions, de petits détails disséminés ici et là ou des compositions plus vastes qui recouvrent le torse, les jambes, les bras et, pour les plus audacieux, la tête, le cou et le visage.
Cependant, ces motifs si esthétiques cachent un problème auquel nous n’avons peut-être pas pensé au moment de nous faire tatouer. Sur ce sujet, si important, Carmen Lucía Pimentel Villasmil explique à CuídatePlus que « le tatouage n’est pas seulement une procédure cosmétique, mais qu’il peut avoir des implications pour la santé ».
L’un des principaux problèmes que les tatouages peuvent engendrer est précisément d’influencer l’évaluation dermatologique de la peau de plusieurs façons.
Que peuvent dissimuler les tatouages ?
L’une des principales maladies qui peuvent passer inaperçues sur une peau tatouée est, selon Pimentel, « les lésions cutanées potentiellement malignes » et la difficulté de les identifier précocement, ce qui peut retarder le diagnostic du mélanome et d’autres cancers de la peau. La phase initiale du mélanome est fréquemment asymptomatique, ne fait pas mal et ne démange pas, et le principal indice réside dans des changements visibles.
Non seulement cela, mais surveiller les grains de beauté, les taches, les lésions qui s’enflamment et ne guérissent pas ou les nævus et observer s’ils changent d’aspect est bien plus difficile lorsque le tatouage les recouvre. D’où, explique Pimentel, que « l’une des mesures recommandées dans le domaine dermatologique est de conseiller aux tatoueurs de laisser un espace entre les tatouages et les grains de beauté, afin de faciliter leur analyse et leur diagnostic ».
Mais au-delà d’enmasquer l’apparition de nouvelles lésions mélanocytaires, les tatouages « peuvent modifier la morphologie d’un nævus préexistant en lui conférant une apparence atypique ».
(Photo : Alamy/ Cordon Press)
Problèmes après le tatouage
Pimentel le rappelle clairement : le tatouage rompt la peau et cela peut favoriser l’apparition d’infections et d’autres problèmes de santé tels que ceux qui suivent :
- Réactions allergiques. Les encres utilisées dans les tatouages peuvent provoquer des réactions allergiques cutanées qui se présentent typiquement sous forme d’éruption prurigineuse au niveau du tatouage. « Cela peut se produire, même des années après le tatouage. L’encre rouge a tendance à être plus susceptible d’entraîner des réactions allergiques que les autres couleurs », précise Pimentel.
- Infections cutanées. Pimentel rappelle qu’il faut choisir un bon centre où les mesures de sécurité et d’hygiène sont respectées pour se faire tatouer. L’apparition d’infections pourrait être due à plusieurs facteurs après le tatouage :
- lié à l’encre.
- à un matériel contaminé qui n’a pas été stérilisé correctement.
- Réactions inflammatoires. L’apparition d’inflammation peut survenir après le tatouage, mais aussi dès la première et la deuxième semaine qui suivent. « Parfois, elles peuvent apparaître tardivement, des semaines et des années plus tard, et se manifester sous forme de dermite allergique de contact, de photodermatose, de réactions granulomateuses et de réactions pseudo-linfomatoses ».
- Maladies infectieuses. « Elles peuvent être bactériennes, par staphylocoques, streptocoques ou Pseudomonas, virales comme le virus de l’hépatite B et le VHC et fongiques. Bien qu’à l’heure actuelle tout soit beaucoup plus réglementé et que les infections liées à ces pratiques soient très rares, il demeure qu’un tatouage doit être réalisé par un professionnel respectant des conditions d’hygiène adéquates afin de réduire les risques d’infection », rappelle Pimentel.
- Réactions cutanées à une résonance magnétique. C’est peu fréquent mais parfois « une résonance magnétique peut déclencher une sensation de chaleur douloureuse dans la zone tatouée ».
De même, l’experte en dermatologie conseille d’adopter des précautions accrues chez les individus souffrant de maladies cutanées spécifiques, telles que le psoriasis, le lichen plan ou la dermatite atopique, car l’agression sur la peau peut déclencher des poussées ou aggraver les lésions existantes.
Comment l’encre influence la santé
Comme l’explique Pimentel, les encres peuvent provoquer des réactions allergiques. Toutefois, la dermatologue ajoute que « 80 % des réactions liées aux tatouages sur la peau se produisent avec des encres rouges et celle qui entraîne le moins de complications est la noire ».
Cependant, il faut aussi garder à l’esprit que l’encre a tendance à persister dans les ganglions lymphatiques chez la majorité des personnes tatouées. Des études récentes ont démontré la migration de nanoparticules d’encre vers les ganglions lymphatiques, ce qui soulève des questions sur les effets à long terme des composants chimiques des encres, dont certains peuvent contenir des métaux lourds ou des composés potentiellement carcinogènes.
À propos de l'auteur
Dr Jean-Pascal Del Bano
Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.
