Jʼai arrêté lʼascenseur pendant un an entier: ce que disent mes analyses aujourdʼhui

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Jʼai arrêté lʼascenseur pendant un an entier: ce que disent mes analyses aujourdʼhui

J’ai pris une décision toute simple un lundi matin: ne plus appuyer sur le bouton qui monte. À la place, j’ai gravi des marches, encore et encore, pendant douze mois. Au bout du compte, j’ai fait des analyses, des bilans, des mesures. Aujourd’hui, je raconte ce que ces chiffres disent, et ce que mon corps répond.

Mon protocole, sans autre équipement que mes jambes

Au bureau, j’ai huit étages à gravir. Je les ai montés, deux à trois fois par jour, cinq jours par semaine. À la maison, c’est plus modeste, mais j’ai choisi les escaliers, toujours. J’ai gardé la même alimentation, le même sommeil, les mêmes horaires. L’idée: isoler l’effet de la verticalité.

Je notais les montées dans mon téléphone, et je portais une montre qui estime la VO2 max. Un carnet pour mes sensations, et des bilans sanguins au début et à la fin.

Les premiers mois: la brûlure et le souffle court

Les débuts furent rudes. Mes cuisses criaient « ça brûle », et mon souffle faisait « ça siffle ». J’ai ralenti, adopté une montée régulière, posé le pied bien à plat. « Ne cours pas, grimpe », me soufflait ma petite voix.

Au troisième mois, j’ai senti une bascule: plus de stabilité, moins de tressautements cardiaques au dernier palier. « L’ascenseur n’est pas cassé, c’est moi qui change », ai-je écrit un soir.

Ce que disent les analyses sanguines

Mon poids a baissé de 3,2 kg, sans autre règle que la constance des marches. Mon tour de taille a perdu quatre centimètres, ceinture au même trou, ventre plus sage.

Côté lipides, mon LDL est passé de 1,40 g/L à 1,20 g/L. Mon HDL a légèrement grimpé, de 0,50 à 0,55 g/L. Les triglycérides ont reculé, de 1,50 à 1,10 g/L. Ma glycémie à jeun, stable, a trouvé une soeur plus parlante: l’HbA1c a glissé de 5,4 % à 5,1 %. La CRP ultrasensible n’a pas bougé, signe d’une inflammation au repos plutôt calme.

Rien de miraculeux, mais des courbes qui vont dans le même sens, doucement mais nettement.

Le cœur et le souffle: de la cage d’escalier à la variabilité

Ma fréquence cardiaque au repos est passée d’environ 62 à 55 bpm. Ma tension a quitté 128/82 pour flirter avec 118/76. La montre estime ma VO2 max de 36 à 42 ml/kg/min, ce qui reste modeste, mais gagnant en capacité.

Plus concret encore: je peux tenir une conversation au sixième étage sans chercher l’air comme un poisson hors de l’eau. « Le souffle n’est plus un compteur de dettes, c’est une réserve », ai-je noté un matin de pluie.

Muscles, os, articulations: ce que la gravité m’a appris

Les quadriceps sont plus denses, les mollets plus dessinés, les fessiers plus réactifs. Mes genoux ont parfois protesté, surtout en descente. J’ai appris à « charger » la hanche, à garder le genou dans l’axe du pied, et à descendre plus lentement que je ne monte.

Mes chevilles sont plus solides, ma proprioception plus fine. J’ai changé de chaussures, adoptant une semelle ferme, et je fais deux minutes de mobilité avant la grosse montée.

Cerveau et humeur: les marches comme rituel

Chaque cage d’escalier est devenue une mini-retraite. Vingt-huit paliers pour vider la tête, replacer l’attention sur le pied, sur l’appui, sur le souffle. « Si je peux marcher, je marche », est devenu un petit mantra.

J’arrivais en réunion moins dispersé, plus présent, et paradoxalement moins irritable. La transpiration a demandé un peu de logistique, mais un t-shirt de rechange dans le tiroir a réglé la question.

Les limites de l’expérience

Je n’ai pas mené un essai clinique, j’ai vécu une année. Peut-être ai-je marché un peu plus le week-end, peut-être ai-je grignoté un peu moins l’après-midi. Les chiffres ne crient pas la causalité, ils suggèrent des pistes.

Certains jours, j’ai dû prendre l’ascenseur avec une charge trop lourde, ou pour ménager un genou tatillon. J’ai appris à écouter la douleur, à distinguer le signal utile du simple caprice.

Ce que je garde, au-delà des chiffres

  • Un état d’esprit de gravité joyeuse: quand il y a des marches, je dis oui.
  • Un tempo durable: régulier, respiré, sans héroïsme à deux balles.
  • Une hygiène de préparation: échauffement léger, chaussures adaptées, eau à portée.

Les leçons cachées dans les paliers

La verticalité est une école qui facture en secondes, pas en souffrance inutile. Elle muscle sans équipement, elle entraîne sans détourner trois heures de calendrier. Elle vous met face à votre rythme, à votre ego, à cette pente qui ne ment jamais.

« Arrêter l’ascenseur m’a rendu un pouvoir simple: choisir la difficulté la plus utile », ai-je écrit sur le dernier ticket de l’année. Les analyses ne sont que des échos: la vraie preuve, ce sont ces deux étages montés sans y penser, le matin où l’on a mal dormi.

Si je devais résumer en une phrase: j’ai troqué un geste passif contre un rituel actif, et mon corps a répondu « merci ». Demain, il y aura encore des marches, et c’est très bien ainsi.

À propos de l'auteur

Dr Jean-Pascal Del Bano

Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.

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