Hypothyroïdie: causes, symptômes et traitements

Qu’est-ce que c’est
L’hypothyroïdie est une maladie caractérisée par une diminution de l’activité fonctionnelle de la glande thyroïde et par la réduction des hormones qu’elle produit. La thyroïde, qui a une forme de papillon et se situe au centre du cou, sécrète et libère les hormones T4 ou thyroxine et T3 ou triiodothyronine, qui interviennent dans la croissance, le maintien de la plupart des fonctions corporelles et la régulation du métabolisme.
En raison des multiples processus de l’organisme dans lesquels interviennent les hormones thyroïdiennes, l’hypothyroïdie peut entraîner des problèmes de diverses natures: ralentissement du rythme cardiaque, troubles intestinaux, prise de poids, dépression, diminution de la fertilité…
Prévalence
Une part importante de la population espagnole présente une dysfonction thyroïdienne: 10% (9,1% hypothyroïdie et 0,8% hyperthyroïdie), selon une étude publiée dans la revue Thyroid.
Les femmes ont entre 5 et 8 fois plus de probabilités de développer une hypothyroïdie que les hommes, apparaissant chez 5% des femmes enceintes et chez 7% après l’accouchement.
Les altérations de la fonction thyroïdienne sont très fréquentes chez les femmes en âge de procréer et, tout particulièrement pendant la grossesse, pour plusieurs raisons :
- La pathologie thyroïdienne est 5 à 8 fois plus fréquente chez la femme.
- La grossesse représente une surcharge de travail pour la thyroïde, qui doit augmenter sa production d’hormones d’environ 50% afin de garantir une transmission adéquate au fœtus.
- Nous vivons dans une zone géographique traditionnellement déficiente en iode. Bien que ces dernières années la situation nutritionnelle de l’iode chez les enfants et chez les adultes se soit nettement améliorée, la plupart des études menées chez des femmes enceintes en bonne santé continuent de montrer une carence nutritionnelle en iode, qui favorise ou prédispose à une plus grande vulnérabilité de la thyroïde.
Si elle n’est pas traitée pendant la grossesse, les enfants peuvent hériter de cette condition et développer des problèmes physiques et mentaux. Après la Ménopause, la femme a également plus de chances de contracter cette maladie.
L’hypothyroïdie peut apparaître et ne pas être détectée avant des années, il est donc important de consulter un médecin dès l’apparition de l’un de ses symptômes.
Causes
La cause la plus fréquente est la maladie de Hashimoto ou thyroïdite chronique, qui est une inflammation de la glande thyroïde causée par une réaction du système immunitaire contre la glande thyroïde. Cette inflammation endommage les cellules de la glande, ce qui entraîne des altérations dans la production des hormones. Elle peut survenir à tout âge, mais elle se voit plus fréquemment chez les femmes d’âge moyen.
La chirurgie consistant à retirer partielle ou entière la glande thyroïde (thyroïdectomie), réalisée pour cancer de la thyroïde, nodules ou hypothyroïdie, peut aussi causer un hypothyroïdie. Comme le précise Mireia Mora, du Service d’Endocrinologie et Nutrition, Endocrinologue, de l’Hôpital Clínico de Barcelone, « si l’on enlève toute la glande, la personne développera hypothyroïdie. Si l’on laisse intacte une partie de la thyroïde, celle-ci peut produire suffisamment d’hormones thyroïdiennes pour maintenir les niveaux sanguins dans la plage normale ».
Une autre origine possible peut être la thyroïdite post-partum, qui est asymptomatique. Cette thyroïdite provoque une hyperthyroïdie suivie d’une hypothyroïdie, et dans 80 pour cent des cas elle se résout au bout d’un an.
L’hypothyroïdie peut également être congénitale— elle est détectée par le test du talon et est traitée efficacement— ou acquise peu après la naissance.
Les personnes traitées avec de l’iode radioactif pour d’autres maladies thyroïdiennes telles que le goitre nodulaire ou le cancer de la thyroïde, ainsi que celles ayant reçu une irradiation thérapeutique du cou ou de la tête, « peuvent perdre une partie ou la totalité de la fonction thyroïdienne », souligne l’experte de l’Hôpital de Barcelone.
Il existe des facteurs de risque qui augmentent les chances de souffrir d’hypothyroïdie :
- Antécédents familiaux de problèmes endocriniens ou goitre.
- Avoir plus de 50 ans.
- Souffrir d’une maladie auto-immune qui attaque les cellules thyroïdiennes et leurs enzymes.
- Avoir subi une radiothérapie au cou ou à la tête pour traiter un cancer ou l’hyperthyroïdie.
- Certains traitements comme le lithium ou l’amiodarone.
- Régime pauvre ou excessif en iode: l’iode est nécessaire pour synthétiser les hormones thyroïdiennes. Un excès peut endommager la glande.
- Le syndrome de Sheehan, qui affecte l’hypophyse et survient après une hémorragie grave pendant l’accouchement.
Symptômes
- Dépression.
- Ralentissement du rythme cardiaque, battements irréguliers ou arythmie. Cela pourrait provoquer une bradycardie, qui dans les cas extrêmes peut conduire à un arrêt cardiaque.
- Hypotension artérielle basse et cholestérol.
- Diminution des niveaux d’enzymes hépatiques.
- Fatigue et somnolence.
- Apathie.
- Voix rauque.
- Douleurs musculaires et articulaires.
- Prise de poids due à une rétention d’eau.
- Constipation ou selles dures.
- Règles irrégulières et problèmes de fertilité.
- Pâleur, cheveux et ongles fragiles.
- Visage, mains et pieds gonflés.
- Diminution de la libido.
Prévention
Il n’existe à ce jour aucun moyen connu d’éviter complètement l’hypothyroïdie. La seule prévention possible est de contrôler le niveau d’iode de notre alimentation, et de l’ajuster à la quantité recommandée.
La glande thyroïde a besoin d’iode pour fabriquer une quantité suffisante d’hormones. Une bonne façon d’augmenter l’apport de ce minéral est de consommer du sel iodé.
Types
Hypothyroïdie primaire
La glande ne fonctionne pas correctement et peut apparaître un goitre, qui est une augmentation anormale de la glande thyroïde. C’est l’hypothyroïdie la plus courante.
Hypothyroïdie secondaire
La thyroïde elle-même ne présente pas de problèmes, mais la glande hypophyse ne produit pas l’hormone stimulateur de la thyroïde (tirotropine ou TSH), ce qui conduit à ce que la quantité adéquate d’hormones thyroïdiennes ne soit pas sécrétée.
Hypothyroïdie tertiaire
Affecte l’hypothalamus, une région du cerveau chargée – entre autres – de sécréter l’hormone libératrice de la tirotropine (TRH), qui stimule l’hypophyse pour libérer la tirotropine (TSH), qui à son tour stimule la glande thyroïde. On génère une réaction en chaîne qui altère le fonctionnement aussi bien de l’hypophyse que de la glande thyroïde.
Diagnostics
En cas de suspicion d’hypothyroïdie, la manière la plus efficace de confirmer le diagnostic est la réalisation d’un analyse de sang pour mesurer les niveaux de l’hormone stimulant la thyroïde (TSH) et de la thyroxine. Également, on analyse les niveaux de cholestérol, enzymes hépatiques, prolactine et de sodium, ainsi que les données fournies par l’hémogramme (qui mesure la composition de chacun des éléments cellulaires du sang – globules blancs et rouges et plaquettes – et vérifie s’ils ont une forme et une structure normales).
S’il existe un goitre (augmentation de la taille de la thyroïde), il peut être utile d’effectuer une échographie thyroïdienne.
Dans certains cas, lorsque l’on pense qu’il pourrait y avoir des anomalies dans le développement de la glande ou une déficience enzymatique, la réalisation d’une scintigraphie thyroïdienne peut s’avérer très utile.
Traitements
Le traitement dépend de la gravité de l’hypothyroïdie, ainsi que de l’âge du patient et de l’existence d’autres maladies. En général, il repose sur l’administration du médicament lévothyroxine par voie orale. La lévothyroxine rétablit le niveau d’hormones thyroïdiennes que le patient devrait avoir, de sorte que la dose variera en fonction des besoins de chaque patient.
Par la suite, il devra être soumis à des contrôles tous les deux ou trois mois au début du traitement pour vérifier le niveau d’hormones. Il devra continuer à prendre de la lévothyroxine et à assister à des contrôles périodiques plus espacés; en général, une fois par an. Sauf dans des cas exceptionnels, l’hypothyroïdie est une condition chronique, et le traitement pharmacologique doit être administré tout au long de la vie.
Autres données
L’hypothyroïdie a commencé à être connue vers l’année 1850, lorsque fut réalisée une étude complète sur la thyroïde basée sur l’ablation de cette glande chez des personnes atteintes de goitre. Depuis lors, des avancées significatives ont été faites dans sa compréhension et son traitement. Dans les pays où l’apport en iode est suffisant, la cause la plus fréquente est la thyroïdite auto-immune de Hashimoto, mais la cause la plus fréquente à l’échelle mondiale demeure la carence en iode.
Pronostic
La majorité des patients à qui l’hypothyroïdie est détectée parvient à contrôler la maladie et à mener une vie normale. Les symptômes de cette pathologie sont assez peu spécifiques lorsqu’ils sont légers ou modérés, mais les cas graves peuvent entraîner, si le traitement substitutif approprié n’est pas instauré, des problèmes cardiovasculaires et une mortalité prématurée accrue.
Recherche
Les principales lignes de recherche sont liées au bénéfice possible d’associer le T3 au traitement par T4 habituel comme thérapie substitutive, ainsi qu’aux questions liées à la persistance des symptômes malgré un traitement substitutif correct. Ainsi le signalent les expertes de l’Hospital Clínico de Barcelona.
Par ailleurs, « on étudie les différents effets associés à l’hypothyroïdie tels que les répercussions cardiovasculaires, la dépression et la nécessité d’un traitement à des moments de la vie comme la grossesse et le vieillissement ».
À propos de l'auteur
Dr Jean-Pascal Del Bano
Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.
