Gabriel Bastidas, urologue : symptômes d’un problème urinaire si vous passez de longues heures assis

Un mode de vie sédentaire, avec des journées de travail de 8 heures ou plus d’inactivité physique, est associé à un risque accru de développer des symptômes urinaires du tractus inférieur. « Le temps passé assis n’est pas un facteur mineur. Les données montrent que plus nous restons immobiles, plus la probabilité de développer des symptômes urinaires est élevée. C’est pourquoi le retour au bureau est un bon moment pour rappeler que bouger tout au long de la journée protège aussi la santé de la prostate et des voies urinaires », affirme Fernando Gómez Sancha, directeur médical de l’Institut de Chirurgie Urologique Avancée (ICUA).
En ce qui concerne les mécanismes concrets qui font que le fait de rester assis affecte le système urinaire et prostatique, Gabriel Bastidas, membre du Groupe de Travail de Néphro-urologie de la Société Espagnole de Médecins Généraux et de Famille (SEMG), et fondateur d’Androclinic, indique les suivants:
- Compression périnéale: en s’asseyant, le périnée et la prostate sont soumis à une pression soutenue qui peut favoriser la congestion veineuse et l’inflammation de bas degré dans la zone prostatique.
- Varices pelviennes: le manque de mouvement réduit le retour veineux de la pelvis, ce qui peut contribuer à la congestion prostatique et aggraver des symptômes tels que la sensation de pesanteur périnéale ou les gênes lors de l’éjaculation.
- Affaiblissement du plancher pelvien: le sédentarisme prolongé est associé à une activation moindre des muscles pelviens, ce qui peut influencer le contrôle mictionnel.
- Facteur métabolique: le sédentarisme est aussi un facteur de risque pour le syndrome métabolique et l’obésité, qui à leur tour sont liés avec l’hyperplasie prostatique bénigne et l’aggravation des symptômes urinaires.
« En consultation, nous voyons fréquemment des hommes ayant des emplois de bureau ou des conducteurs professionnels qui signalent plus souvent des mictions, des inconforts périnéaux ou des symptômes compatibles avec une prostatite chronique, et qui s’améliorent nettement lorsqu’on introduit des pauses actives », informe Bastidas.
Une étude publiée dans BJU International avec un échantillon de 69 795 hommes sans symptômes urinaires au départ a révélé que ceux qui restaient assis entre 5 et 9 heures par jour présentaient un risque de 8 % plus élevé de développer des symptômes urinaires que ceux qui restaient assis moins de 5 heures. De plus, les patients s’assoyant 10 heures ou plus avaient un risque allant jusqu’à 15 % supérieur de développer des symptômes urinaires. Cette étude a aussi indiqué que le manque d’activité physique est associée de manière indépendante à l’apparition de problèmes urinaires chez les hommes d’âge moyen.
À quelle fréquence faut-il se lever ?
La recommandation générale est de ne pas passer plus de 45-60 minutes d’affilée assis sans se lever. À ce propos, Bastidas donne quelques repères utiles:
- Se lever 2 ou 3 minutes toutes les heures, même pour marcher dans le bureau ou étirer les jambes.
- Alterner les postures: utiliser des chaises ergonomiques ou, si possible, des bureaux qui permettent de travailler debout une partie du temps.
- Intégrer des exercices du plancher pelvien (type Kegel) pendant ces pauses, car ils aident à améliorer le tonus musculaire et la circulation locale.
- Marcher au moins 30 minutes par jour de façon continue, qui est l’activité la plus simple et avec les meilleures preuves pour réduire la congestion pelvienne.
- Éviter le cyclisme de longue durée sans selle adaptée chez les personnes qui présentent déjà des symptômes, car cela peut ajouter une pression périnéale directe.
En termes de Gómez Sancha, « il ne s’agit pas d’arrêter de travailler assis, mais d’interrompre la sédentarité prolongée. De petits changements au cours de la journée peuvent faire une différence réelle sur la santé urinaire à moyen et long termes ».
Signes d’alarme pour consulter l’urologue
Comme le rappelle Bastidas, « il existe des symptômes qui ne doivent pas attendre qu’ils passent d’eux‑mêmes ». Plus précisément, il cite les suivants :
- Sang dans l’urine (hématurie), même ponctuel.
- Difficulté progressive à uriner : le jet est faible, il faut pousser ou la sensation de vidange est incomplète.
- Augmentation marquée de la fréquence urinaire, surtout si cela interrompt le sommeil durant la nuit (nycturie).
- Douleur ou brûlure à la miction, particulièrement si elle s’accompagne de fièvre.
- Douleur périnéale ou pelvienne persistante, ou gêne à l’éjaculation.
- Rétention urinaire aiguë: incapacité soudaine d’uriner, ce qui constitue une urgence médicale.
- Perte de poids inexpliquée associée à des symptômes urinaires, qui mérite toujours d’écarter des causes plus graves.
« Aucun de ces symptômes, surtout s’il apparaît de façon nouvelle ou s’aggrave avec le temps, ne devrait justifier d’attendre : c’est une raison suffisante pour prendre rendez‑vous avec l’urologue sans délai », insiste l’expert.
À propos de l'auteur
Dr Jean-Pascal Del Bano
Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.
