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Les antibiotiques : si on les utilise à tort, ils deviendront moins forts

La Caisse nationale d'assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS) a lancé en mai une nouvelle campagne de sensibilisation au bon usage des antibiotiques, avec un slogan inédit, évocateur du risque de résistances, "si on les utilise à tort, ils deviendront moins forts".

Depuis 2002, le crédo "les antibiotiques, c'est pas automatique" est entré dans les mœurs et la consommation d'antibiotiques a diminué d'environ 15%. Avec 40 millions de prescriptions évitées (l'équivalent d'un hiver de prescriptions) selon l'assurance maladie, le résultat est encourageant même si la France reste l'un des plus gros consommateurs en Europe, derrière la Grèce*.

Mais une reprise de la consommation se dessine depuis 2007. Pour enrayer cette tendance, la campagne 2010 de l'assurance maladie pointe l'utilisation inappropriée des antibiotiques par le biais d'encarts dans la presse, de spots radios et télévisés, et d'une action sur Facebook. Ciblant les actifs et les parents de jeunes enfants, la campagne s'intensifiera en octobre, au début du pic de consommation hivernal.

Deux maladies courantes sont particulièrement dans le collimateur de la campagne : la bronchite aiguë et l'angine, qui touchent chacune environ 9 millions de personnes par an. Et bien qu'elles soient très majoritairement d'origine virale, elles font l'objet de prescriptions d'antibiotiques dans respectivement 76% et 66% des cas.

Pour l'angine, un test de détection rapide (TDR) permet pourtant de trancher sur une origine virale ou bactérienne en quelques minutes, lors d'une consultation chez le médecin généraliste. Mais il reste insuffisamment utilisé, avec seulement 1,3 million de TDR commandés en 2009.

Près de 40%** des prescriptions d'antibiotiques étaient inappropriées en 2009 : 26% concernaient en effet des maladies virales (bronchite, rhinopharyngite, syndrome grippal), et 16% des angines. Une utilisation "à bon escient" permettrait d'économiser "une centaine de millions d'euros", a estimé Frédéric Van Roekeghem, le président de la CNAMTS, lors de la conférence de lancement, le 20 mai à Paris.

Plus grave, une consommation inappropriée risque de provoquer l'apparition de résistances chez les bactéries. C'est un "enjeu majeur de santé publique" a insisté le Pr Benoît Schlemmer, président du comité de suivi du plan pour préserver l'efficacité des antibiotiques. Chaque année, 25.000 Européens meurent d'une infection liée à des bactéries multirésistantes.

"Sans des antibiotiques efficaces, de nombreux actes médicaux et chirurgicaux ne pourraient plus être réalisés", a averti le Pr Schlemmer, en citant en vrac "la pose de prothèses, la prise en charge des prématurés, la chimiothérapie, la transplantation, les soins intensifs, etc."

*European Surveillance of Antimicrobial Consumption (ESAC), 2007 ** IMS Health, 2009

 

© APM-Santé - PARIS, 21 mai 2010 (BEH du 25 mai, n°19-20, p210-213)


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