Prenez le pouvoir sur votre santé cardiovasculaire !

Comment éviter l'apparition des facteurs de risque cardio-vasculaire ?

Les maladies cardiovasculaires ou cardio-neurovasculaires sont la première cause de mortalité dans le monde, la deuxième en France (première chez les femmes) juste après les cancers [1]. L’hypertension artérielle, le diabète de type2, l’hypercholestérolémie, le surpoids et l’obésité et le tabagisme accroissent fortement le risque de survenue de maladies cardiovasculaires. On les appelle les facteurs de risque cardio-vasculaire.

Comment éviter leur apparition ?

C’est la question que Le Guide Santé a posé au Professeur Xavier Girerd, cardiologue à l’Hôpital Pitié-Salpêtrière – Paris et Président de la Fondation de Recherche sur l’Hypertension Artérielle (FRHTA- www.frtha.org).


Quels sont vos conseils de prévention ?

Prenons comme exemple deux facteurs de risque cardiovasculaire : le diabète et l’hypercholestérolémie. Le poids est un des éléments clé dans la prévention. Quand vous prenez du poids, vous risquez d’avoir un déséquilibre métabolique accru en cas d’antécédents familiaux (parent diabétique par exemple). Chez les femmes, connaître les maladies de leur mère est essentiel pour la prévention cardio-vasculaire. 

Pour savoir contre quoi vous prévenir, intéressez-vous aux maladies de vos parents

La gestion du poids suffit-elle ?
Le poids seul ne suffit pas, il faut tenir compte du cholestérol. Un cholestérol élevé abîme les artères. Il y a dix ans, davantage de femmes que d’hommes étaient soignées pour leur hypercholestérolémie. Aujourd’hui, le nombre de femmes d’accord pour suivre un traitement est en forte diminution car les femmes ne veulent plus prendre de statines. Et pourtant, ces médicaments ont complètement changé la vie, le pronostic et la durée de vie des personnes avec un cholestérol élevé. Ils ont montré une incroyable efficacité de prévention des maladies cardio-vasculaires en particulier en prévention secondaire !  

Quel est le niveau de cholestérol idéal ?
Tout dépend de l’environnement personnel du patient. Chez une femme de quarante ans en surpoids, le mauvais cholestérol (LDL cholestérol) est souvent élevé, et son niveau ne doit pas dépasser 1,6 g. En revanche, chez une fumeuse avec une hypertension ou un diabète, le niveau de LDL cholestérol à ne pas dépasser devrait être de 1 g voire 0,7 g. Le niveau de cholestérol de chacun dépend de son environnement personnel en termes de maladie et de comportements délétères pour les artères, en particulier le tabagisme. D’autres déterminants comme la sédentarité jouent sur ce risque associé au cholestérol mais cela reste très minime par rapport au reste.

Et si l’on refuse le traitement contre le cholestérol ?
Les médicaments, bien indiqués, n’ont pas d’équivalents. Mais oui, il y a d’autres moyens que les médicaments pour réduire son taux de cholestérol : par exemple les moyens nutritionnels. Agir sur la nutrition est plus que prioritaire.
« Regardez comment je mange et vous verrez comment est mon cholestérol ». Les gens qui ont un cholestérol élevé sont souvent les consommateurs de fromages et de pâtisseries… En corrigeant ces habitudes alimentaires, le problème d’hypercholestérolémie peut se régler chez de nombreuses personnes dont les habitudes nutritionnelles sont mauvaises. Il est indispensable d’essayer et de tester des changements dans l’alimentation et de ne proposer les médicaments que lorsque les mesures nutritionnelles sont non suivies ou pas assez efficaces. 

Qu’en est-il de l’activité physique ?
L’activité physique n’est pas une action efficace pour diminuer le mauvais cholestérol mais elle est très importante pour le diabète. Pourquoi ? Dès l’âge de 40 ans, on commence à perdre ses muscles. Cette perte musculaire provoque  une insulinorésistance, qui s’accompagne d’anomalies métaboliques comme le diabète de type 2. 

Le seul moyen de se préserver du diabète de type 2 est de refaire du muscle et par conséquent de diminuer l’insulinorésistance.
Lorsque l’on est dans une situation de pré-diabète ou s’il existe une histoire familiale de diabète, il est impératif de trouver une activité physique qui vous convienne afin de ne pas perdre vos muscles. L’activité physique peut permettre d’éviter la prise de médicaments.

Quelle activité physique pratiquer et comment ?
Faire le tour du pâté de maison en marchant ne suffit pas. L’activité physique n’est intéressante pour le système cardiovasculaire que si l’on transpire et à condition de pouvoir parler en même temps. La difficulté à parler pendant l’activité physique prouve que celle-ci est trop intense pour le système cardiovasculaire. Il faut commencer par un échauffement de 5mn, puis augmenter progressivement l’intensité jusqu’à la transpiration qui permet le refroidissement des muscles. Le niveau optimal de l’activité physique proprement dite doit être de 15mn, au-delà cela ne présente pas d’intérêt. Il est important de la pratiquer le plus souvent possible, le mieux étant tous les deux jours car le muscle perd la mémoire de son entraînement dès le troisième jour. En absence d’activité, il entre en décroissance d’activité. Pour exemple, à l’issue du confinement, de nombreuses personnes surtout les personnes âgées, se sont retrouvées essoufflées au moindre effort. L’absence d’activité physique au quotidien provoque une désadaptation cardiovasculaire. Ce n’est pas une maladie cardiaque mais le cœur se met simplement au repos. Enfin, le sport c’est celui que l’on aime faire, quel qu’il soit, marche rapide, vélo, natation… Pour les personnes qui n’aiment pas pratiquer une activité physique alors d’autres traitements seront à envisager.

Quel autre facteur de risque faut-il prendre en compte ? 
Un troisième élément de la prévention consiste à surveiller sa tension artérielle. En effet, parmi tous les facteurs de risques cardiovasculaires, le plus fréquent est l’hypertension artérielle (HTA), preuve d’un dysfonctionnement du système cardiovasculaire. Il est très important de ne pas banaliser cette maladie. En France, on recense 15 millions d’hypertendus dont 5 millions ne se soignent pas. 
Or, si l’on ne fait rien dans les dix ans suivant l’apparition d’une HTA, il est certain que cette inaction donnera lieu à d’énormes dégâts comme la survenue d’un AVC, d’une insuffisance cardiaque chez les personnes âgées, de maladies rénales chez les diabétiques…

Comment savoir si l’on a un risque de devenir hypertendu(e) ?
Un premier moyen pour les femmes est de questionner leur mère. Les femmes savent que l’HTA est une maladie qui peut les toucher mais il s’agit de savoir quand. Pour ce faire, une démarche personnelle est nécessaire, c’est celle du dépistage de l’HTA. Jusqu’à présent, ce dépistage était seulement assuré par des professionnels de santé, le médecin du travail, le médecin généraliste, le gynécologue... Maintenant, des nouveaux moyens sont proposés pour accompagner les gens dans cette démarche de prise du pouvoir de leur santé par eux-mêmes : les tensiomètres automatiques faciles d’usage pour tous, les applications santé gratuites (depistHTA, Tension) qui conseillent sur le bon usage des tensiomètres et sur les bonne attitudes selon les chiffres de tension obtenus. 
On peut préserver son patrimoine santé en connaissant son niveau tensionnel
Il est plus utile d’avoir un tensiomètre chez soi qu’une balance, non pas pour mesurer sa tension tous les jours, mais pour connaître sa tension ou même celle de son conjoint, de sa mère. Il existe une application, depistHTA (https://www.depisthta.net/), permettant de réaliser l’auto-dépistage de son éventuelle hypertension. La tension est capricieuse, elle peut s’élever en trois mois. L’application vous alertera quand vos résultats de chiffres tensionnels nécessiteront un avis de professionnel. 
Les spécialistes de l’Hypertension sommes pour que les patients s’approprient le pouvoir pour le diagnostic, le suivi et le dépistage de leur tension. Nous sommes là pour donner des conseils sur la façon de soigner. Il est donc très important de se faire suivre régulièrement.

Quelles sont les mesures de prévention à prendre dans l’HTA ?
Nous disposons comme moyen de prévention de la survenue d’une hypertension des moyens nutritionnels avec deux objectifs : diminuer la consommation excessive de sel et éviter la prise de poids. Rappelons que l’excès de consommation de sel de table contribue à augmenter la tension artérielle. Or on retrouve le sel dans de nombreux aliments car le sel est indispensable à la fabrication et/ou la conservation de ces aliments permettant de les consommer sans risque sanitaire.  Les aliments les plus riches en sel caché sont le pain, le fromage, les  poissons fumés, les crevettes, les olives, les chips et toutes les préparations qui donnent du goût (bouillon cube, sauce asiatique). Lorsque l’HTA est confirmée, ce sont les médicaments qui sont les plus efficaces pour faire diminuer la tension mais leur effet est de courte durée ce qui impose une prise quotidienne. En conséquence le traitement lorsqu’il est débuté ne peut pas être arrêté sans risque  de  voir à nouveau monter la tension. Ainsi lorsque l’HTA est confirmée, il faut toujours essayer de limiter les excès de sel pour savoir si ce moyen est suffisant pour un retour à des tensions satisfaisantes. 
Il suffit d’une semaine d’effort de régime pour savoir si la tension se normalise. 

Et le tabac, quel rôle joue-t-il ?
Le tabac ne favorise pas l’hypertension mais il  reste un mauvais compagnon quel que soit l’âge. Quand chez le jeune consommateur, il a un impact négatif sur l’ensemble du système respiratoire, au-delà de 40 ans, il se transforme en plus en « tueur » d’artères. 
Il importe d’observer le moindre signe de maladies des artères dans sa famille comme les artérites, l’infarctus du myocarde... Vous voyez que pour les trois facteurs de risque abordés, il est important d’être attentif aux pathologies familiales.

En conclusion, pour prévenir des maladies cardiovasculaires, intéressez-vous aux maladies de vos parents, surveillez votre alimentation, pratiquez un exercice physique, vérifiez votre tension et faites-vous accompagner par votre médecin.

Cécile MENU
 

Source 
https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/maladies-cardiovasculaires-et-accident-vasculaire-cerebral


Les articles similaires :