Maintenir la surveillance des glaucomes graves,

même durant l’épidémie de Covid-19 !

Les maladies glaucomateuses sont, non seulement une grave menace pour la santé visuelle en raison de leur potentiel cécitant, mais également un enjeu majeur de santé publique avec un coût social et budgétaire amplifié par leur fréquence : concernant soixante millions de personnes dans le monde en 2016, elles sont la deuxième cause de cécité totale mondiale et la première cause en Europe. Cette prévalence pourrait être de 79,6 millions aujourd’hui [1].


Le nombre de Français atteints de glaucome primitif à angle ouvert (90 % des affections glaucomateuses) serait de 1,7 million, la moitié ignorant leur maladie, selon les projections de deux études présentées pour le rapport 2014 de la Société française d'ophtalmologie (SFO). Au-delà de 60 ans, 35 % ont une forme grave, mais 30 % seulement ont été dépistés [2].


Les traitements médicaux, physiques et chirurgicaux, permettent aujourd'hui de ralentir considérablement l'évolution de la maladie en évitant la cécité dans la majorité des cas.

Le dépistage précoce des affections glaucomateuses est donc essentiel

Par ailleurs, si les contrôles réguliers assortis d’examens complémentaires (notamment les tests périmétriques et les analyses informatisées de la tête du nerf optique) sont la norme, une surveillance plus étroite de certains patients, dont la maladie est mal ou non contrôlée, demeure indispensable.


L’impact négatif indirect de la pandémie Covid-19 sur le dépistage et le contrôle du glaucome est patent


La baisse d'activité des ophtalmologistes a été de 95 % pour 82 % d’entre eux selon les résultats de l'étude Snof Covid [3].


Le déficit de dépistage du glaucome en France en 55 jours pourrait ainsi être évalué par interpolation à plus de 20 000 cas.


En respectant les impératifs de bonnes pratiques professionnelles, seuls les rendez-vous de patients atteints de glaucome pour lesquels l’absence de contrôle constituait une perte de chance ont été maintenus et confirmés. En dépit de cette confirmation, plus de 50 % d’entre eux, au début de la mise en place des consignes de limitation des déplacements, ne se sont pas rendus en consultation, par peur d’être contaminé notamment (61,3 % [3]).


Pourtant les médecins et les établissements hospitaliers sont les mieux informés et les mieux préparés pour assurer la sécurité sanitaire des patients. La SFO a émis des recommandations spécifiques dans le cadre du glaucome, préconisant notamment l'usage du tonomètre par aplanation de Goldmann qui peut être décontaminé efficacement et rapidement après chaque examen [4].


Comme le rappelle la Haute autorité de santé, la continuité de la prise en charge des maladies chroniques graves doit être maintenue [5].


Dr Henri GRACIES

https://www.glaucome.net


Sources :

1. Sentis V, et al. Patients âgés et glaucome. Neurologie – Psychiatrie – Gériatrie 2016; 16: 73-82.

2. Société française d'ophtalmologie. Conférence de presse –10 janvier 2014.

3. Syndicat national des ophtalmologistes de France. Ophtalmologie – Étude Snof Covid-19 : les ophtalmologistes s’organisent. Communiqué de presse –3 avril 2020. https://www.snof.org/2020-covid-19-ophtalmologistes-sorganisent.

4. Société française d'ophtalmologie. Quelle conduite à tenir pour le suivi des patients glaucomateux - Epidémie Covid-19 – Société française d’ophtalmologie - 2 avril 2020. https://www.glaucome.net/spip.php?breve78

5. Assurer la continuité de la prise en charge des personnes atteintes de maladies chroniques somatiques pendant la période de confinement en ville, Réponses rapides dans le cadre du COVID 19 - 2 avril 2020. 

https://www.has-sante.fr/jcms/p_3168634/fr/assurer-la-continuite-de-la-prise-en-charge-des-personnes-atteintes-de-maladies-chroniques-somatiques-pendant-la-periode-de-confinement-en-ville.




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