Covid-19 : Déconfinement territorialisé, par classe d'âges ou par immunité ? Ép. 2

Épisode 2 - Le déconfinement régionalisé [2/3]

Dans l'article précédent, nous avons adopté une position ferme contre la proposition du Conseil Scientifique Covid-19 de prolonger le confinement après le 11 Mai pour les personnes au dessus de 70 ans.


Cet arbitrage ne concernait pas les personnes vulnérables présentant des comorbidités et notamment un diabète ou une pathologie pulmonaire ou cardiaque, comorbidités les plus fréquemment rapportées chez les patients décédés en réanimation.


La sortie du confinement ne peut s'envisager que si deux conditions essentielles sont réunies !


Nous avons décidé de marcher dans les pas de l’Académie nationale de Médecine qui recommande une sortie du confinement pour les régions où sont observées une décroissance nette du nombre de patients Covid-19 devant être hospitalisés et un retour des besoins de réanimation à l'état pré-épidémique.

L'épidémie doit se situer dans une phase descendante et toutes les mesures doivent être prises afin d'éviter un rebond épidémique.


Toujours selon l'institution, un déconfinement régional ne peut s'envisager que si les habitants d'une région en déconfinement ne soient pas autorisés à se rendre dans une région encore en situation de confinement, que la décision concernant les régions frontalières soit prise en concertation avec les Etats voisins et que les mesures barrières sanitaires (lavage des mains, distanciation sociale...) soient non seulement maintenues mais aussi renforcées par le port obligatoire d'un masque grand public anti-projection pour les sorties.


Au regard des chiffres communiqués par la Direction Générale de la Santé le dimanche 19 Avil,

la France compte 12 069 décès enregistrés dans les hôpitaux.   


Parmi les 79 988 personnes actuellement hospitalisées en France, 5 744 patients nécessitent toujours des soins lourds en réanimation et 36 578 patients sont retournés guéris à domicile après hospitalisation depuis le début de l’épidémie de coronavirus SARS-CoV-2.


Les régions et en particulier les départements ne sont pas égaux face à l'épidémie de Covid-19 car rapportées à la population, des différences significatives sont constatées entre des départements comparables : nombre de nouveaux cas hospitalisés, admissions en réanimation, taux de mortalité hospitalière, etc.

En conséquence, nous avons pris la liberté de ne pas nous conformer stricto sensu à la recommandation de l'Académie de médecine à propos du déconfinement régionalisé.

Il a été décidé d'analyser les indicateurs par département car au sein d'une même région, il a souvent été constaté des disparités au niveau de la décroissance de l'épidémie et/ou au niveau des capacités d’accueil en réanimation dans les structures hospitalières. 


Quels départements seraient hypothétiquement éligibles à un déconfinement après le 11 mai

en se basant sur les recommandations de l'Acacémie de médecine ?


Santé Publique France édite quotidiennement les données hospitalières relatives à l'épidémie de COVID-19 et notamment les données hospitalières par département : nombre de patients hospitalisés, nombre de personnes actuellement en réanimation ou soins intensifs, nombre cumulé de personnes décédées, etc.


Nous avons opté pour la création de deux indicateurs* à partir des données provenant de Santé Publique France, service public certifié  :

- le taux de décroissance où ratio du nombre d'hospitalisés à J0/nombre d'hospitalisés à J-7,
- le taux de disponibilité des lits de réanimation.


Au 20 Avril, 40% des départements seraient d'ores et déjà éligibles au déconfinement si masques et tests étaient approvisionnés !


Ont été retenus les départements dont, d'une part, le taux de décroissance est effectif et d'autre part, le taux de disponibilité des lits de réanimation est supérieur à 40%. 


Afin d'illustrer ces premiers résultats, il suffit d'observer les départements comparables rapportés à la population.


Nous avions précédemment abordé le sujet dans notre article du 13 Avril en prenant l'exemple du département des Bouches-du-Rhône (B-d-R) comparé à Paris au niveau du taux de mortalité hospitalière. L'hypothèse d'un déconfinement des B-d-R est confirmée par les deux nouveaux indicateurs :


- le taux de décroissance est de 7.5% dans les B-d-R et de 9.54% à Paris,

- le taux de disponibilité en réanimation est de 61.21 % dans les B-d-R pour 15.04% à Paris.


Un autre indicateur vient renforcer cette hypothèse : le taux de mortalité hospitalière pour 100 000 habitants, avec 13.22 pour les B-d-R contre 57.67 pour  Paris.


L'association hydroxychloroquine/azithromycine largement diffusée dans les Bouches-du-Rhône et notamment au sein de l'agglomération de Marseille où en outre, on pratique le plus grand nombre de dépistages par million d’habitants, pourraient expliquer cette différence dans l'éligibilité au déconfinement.


L'édition le 20 Avril d'une pré-publication sur 1061 patients traités à l'IHU Méditerranée Infection par hydroxychloroquine et azithromycine met en évidence les bénéfices de ce traitement au stade précoce de la maladie Covid-19 avec une mortalité de l’ordre de 0,75% et un taux de guérison extrêmement élevé.


A compter du 21 Avril, vous pourrez vérifier si votre département serait éligible en consultant une carte mise à jour quotidiennement avec le détail par département : taux de décroissance des patients confirmés Covid-19 hospitalisés et nombre de lits de réanimation disponibles  dans les hôpitaux.

Cette carte est non officielle et ne représente en rien l'avis du gouvernement.

Elle permet d'imaginer à quoi pourrait ressembler le déconfinement territorial en fonction

de données officielles de Santé publique France.


* Méthodologie : récupération des données hospitalières par département à partir de Santé Publique France (nombre de patients hospitalisés, nombre de personnes actuellement en réanimation ou soins intensifs).

Création de deux indicateurs à partir de ces données : taux de décroissance où ratio du nombre d'hospitalisés à J0 par rapport au nombre d'hospitalisés à J-7 et taux de disponibilité des lits de réanimation.

Ce deuxième indicateur étant plus conceptuel, le Guide Santé a déduit un taux de disponibilité théorique de 40% :

- la déprogrammation de nombreuses opérations associée à la chute de l'activité de traumatologie lourde (baisse du trafic routier, des activités sportives et des accidents du travail) ont permis au service de réanimation de réorienter de nombreux lits pour les patients infectés par le virus Sars-Cov-2; le déconfinement va mettre fin à cette réorientation, 

- le doublement des lits de réanimation a été annoncé lors de l’allocution du Président de la République le 13 avril soit 10 000 lits répartis théoriquement au 11 Mai en 5000 lits patients non Covid-19 et 5000 lits patients Covid-19,

- le taux de disponibilité est de 20% hors épidémie de Covid-19 soit 1000 lits vacants pour les patients non Covid-19,

- la durée moyenne de séjour en unité de réanimation est de 7 jours en pré-épidémie contre 21 jours pour les patients Covid-19 soit 3 fois plus de besoin en lits vacants en prévision d'une deuxième vague de l'épidémie post-déconfinement : le taux de disponibilité de 20% ne peut être appliqué à ces lits de réanimation dédiés Covid-19 car le besoin est triple soit 1000 lits X 3 donc 3000 lits de réserve Covid-19, 

- 1000 lits de réserve en pré-épidémie ajoutés ces à 3000 lits représentent une réserve globale théorique de 4000 lits sur 10 000 lits soit 40%.


Ces deux nouveaux indicateurs ont permis de constituer un fichier mis à jour quotidiennement et concomitamment à l'édition des données par Santé Publique France.



Dr Jean-Pascal DEL BANO

www.le-guide-sante.org





Les articles similaires :