Covid-19 : Déconfinement territorialisé, par classe d'âges ou par immunité ? Ép. 1

Épisode 1 - La classe d'âges [1/3]

Lors de son allocution télévisée du 13 Avril, le Président Macron a évoqué un déconfinement progressif conditionné à l’état de l’épidémie de coronavirus.

La sortie du confinement ne peut s'envisager que si l'épidémie se situe dans une phase descendante et que toutes les mesures soient prises afin d'éviter un rebond épidémique.


Afin d'éviter une reprise de l'épidémie au décours du déconfinement, deux logiques s'opposent.


L’Académie nationale de Médecine préconise une sortie du confinement par région et déclare "que cette sortie ne soit autorisée que dans les régions dans lesquelles une décroissance nette du nombre de patients Covid-19 devant être hospitalisés et un retour des besoins de réanimation à l'état pré-épidémique sont observés".


Le Conseil Scientifique Covid-19 propose un prolongement du confinement après le 11 Mai pour les personnes les plus vulnérables. A propos de ces 18 millions de personnes concernées, le Président du Conseil Scientifique les définit comme les personnes au dessus de 70 ans, celles ayant des affections de longue durée, ainsi que des sujets jeunes ayant une pathologie, mais aussi obèses.


Même si cette mesure de protection des populations à risque est louable, il n'est pas acceptable de définir arbitrairement

les personnes âgées de plus de 70 ans comme étant des personnes vulnérables !


Comme le rappelle l'Académie de Médecine dans son communiqué du 18 Avril, "les personnes âgées ne constituent pas un groupe homogène. L’âge ne peut pas se résumer au seul nombre des années. À âge égal, les séniors d’aujourd’hui sont bien différents de leurs aïeux. Leurs performances physiques et intellectuelles correspondent à celles de personnes plus jeunes de 10 à 15 ans de la génération précédente".


Les personnes vulnérables sont les patients avec des "comorbidités" c'est-à-dire présentant des maladies s'ajoutant au Covid-19. Ces patients seraient les plus à risque de complications et notamment respiratoires nécessitant une hospitalisation en réanimation.


Même si l'avancée dans le troisième âge affecte la population de manière très inégalitaire, l'âge supérieur à 70 ans ne fait pas partie de la liste des pathologies et affections de longue durée qui comprend :


- l'obésité,

- le diabète mal équilibré,

- l'hypertension artérielle mal contrôlée,

- les patients atteints d’une pathologie chronique respiratoire susceptible de décompenser lors d’une infection virale, 

- les insuffisants rénaux chroniques dialysés,

- les insuffisants cardiaques,

- les personnes immunodéprimées (chimiothérapie, greffe de moelle ou d'organe, infection par le VIH, traitements immunosuppresseurs, corticothérapie au long cours, splénectomie, hémopathies, hypo/agammaglobulinémie, ...).


Selon les dernières données communiquées le 16 Avril par Santé Publique France68% des patients hospitalisés en réanimation ont des co-morbidités et 46% sont âgés de moins de 65 ans.


Pour les plus de 75 ans, les hospitalisations en réanimation représentent 18% des hospitalisés et 37% des décès. Toutefois, parmi ces patients âgés décédés, 13% ne présentaient aucune comorbidité ! Ces données viennent confirmer que les patients âgés sans comorbidité ne sont pas plus hospitalisés que les patients des tranches d'âges inférieures mais il nous faut rappeler que c'est dans cette dernière tranche d’âge que s’observent 74% des décès, reflets des comorbidités et de l’état de dépendance.


Depuis le 16 mars, parmi les patients décédés, 81% présentaient au moins une comorbidité,  

les plus fréquemment rapportées étant une pathologie cardiaque, un diabète ou une pathologie pulmonaire.


Le critère de la classe d'âge préconisé par le Conseil Scientifique Covid-19 n'est donc pas pertinent médicalement puisqu’un sujet âgé de 65 ans sans comorbidité peut présenter moins de risque de complication qu’un sujet plus jeune mais présentant différentes comorbidités. 


Prés de la moitié des patients en réanimation ont moins de 65 ans et en revanche, les personnes âgés de plus de 75 ans ne représentent que 18% des cas hospitalisés en réanimation. Pour mémoire, le rétablissement des capacités d'accueil dans les services de réanimation est une priorité dans les territoires où l'épidémie est en phase descendante. 


Le confinement des personnes âgés sans comorbidité au sein des territoires
desquels la vague épidémique est passée n'est donc pas justifié médicalement.



Dr Jean-Pascal DEL BANO

www.le-guide-sante.org



Les articles similaires :