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Fertilité des femmes d’âge mûr : une surconsommation de biomarqueurs ?

À l’heure où la femme est active, fait des études de plus en plus longues et obtient des postes à responsabilité, l’âge de la première grossesse ne cesse de reculer. Or, il est bien connu que la fertilité diminue avec l’âge. Cette baisse de la fertilité peut être estimée par la réserve ovarienne, reflet grossier du pool folliculaire restant.




Lorsque ce pool se raréfie, cela se traduit par la variation de trois biomarqueurs : une baisse de l’hormone anti-müllerienne (AMH) et de l’Inhibine B sécrétées par les follicules ainsi que d’une hausse de la follicule stimulating hormone (FSH) synthétisée par l’hypophyse. Ces trois hormones sont très souvent prescrites pour évaluer la fertilité de femmes sans histoire d’infertilité, alors que leur capacité à prédire le potentiel reproductif spontané d’une femme est incertaine.


Une étude américaine sur la fertilité et les biomarqueurs

Cette étude de cohorte prospective, menée en Caroline du Nord d’avril 2008 à mars 2016, a regroupé 750 femmes de 30 à 44 ans tentant d’obtenir une grossesse depuis moins de trois mois et n’ayant pas de passé d’infertilité. Le critère de jugement principal a été la probabilité cumulative de concevoir après six et douze cycles menstruels et la fécondabilité relative par cycle menstruel ; la conception étant définie par un simple test de grossesse positif.

Il n’a pas été observé de différence significative concernant la probabilité cumulative de concevoir, après six cycles comme après douze cycles, entre les femmes ayant des marqueurs en faveur d’une réserve ovarienne diminuée (AMH basse < 0,7 ng/mL et/ou FSH plasmatique [FSHp] élevée ≥ 10 mUI/mL et /ou FSH urinaire [FSHu] élevée > 11,5 mUI/mg de créatinine) et celles ayant des biomarqueurs dans la norme.

Contrairement aux hypothèses, il n’a pas été noté de différence significative en termes de fécondabilité relative par cycle menstruel en cas d’AMH basse (hazard ratio ajusté [HR] =1,19 [0,88-1,81]), de FSHp élevée (HR =1,22 [0,92-1,62]) ou de FSHu élevée (HR =1,07 [0,77-1,49]).


Des résultats importants pour la pratique clinique, mais restant à coupler à de nouvelles études

Les biomarqueurs d’une réserve ovarienne diminuée (AMH basse et FSH élevée) ne seraient donc pas associés à une baisse de la fécondabilité ni de la probabilité de concevoir après six à douze cycles menstruels chez les femmes d’âge mûr n’ayant pas de passé d’infertilité. Ces résultats sont importants pour la pratique clinique et ils remettent en cause la surprescription de ces marqueurs en routine ; ces dosages pouvant être inutilement anxiogènes en cas d’anomalie.

Ce travail demeure toutefois fortement limité par sa définition de la conception : un test de grossesse positif et non une naissance vivante. D’autres études sont donc nécessaires pour confirmer ces résultats.


Dr Marion AUPOMEROL
http://www.mediamed.org/medg/


Sources et références :

Steiner AZ, et al. Association Between Biomarkers of Ovarian Reserve and Infertility Among Older Women of Reproductive Age. JAMA. 2017 Oct 10;318(14):1367-1376. doi: 10.1001/jama.2017.14588.


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