Rougeole, rubéole et oreillons : une couverture vaccinale encore insuffisante

Alors qu’outre-Atlantique la rougeole et la rubéole ont disparu, selon une publication en ligne de la revue Parents, la prévention des maladies infantiles en France a refait surface très récemment suite aux résultats d’une étude, et va compléter les futures mises à jour du calendrier des vaccinations. Elaboré par le Haut Conseil de la santé publique (HCSP), le calendrier vaccinal se veut d’ailleurs plus simple et basé sur le modèle vaccinal en vigueur chez nos cousins finlandais, suédois, ou danois.

Le dernier Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) qui examine et montre l'évolution de la couverture vaccinale des Français, révèle une étude publiée en Décembre 2013 dans le BEH N°41-42, qui analyse différentes maladies infectieuses à une dizaine d'années d'intervalle. Elle met en avant une insuffisance de couverture vaccinale conséquente des personnes de moins de 30 ans, en particulier pour la rougeole et la rubéole.

Les Français boudent les vaccins ?

Elément clef des politiques en santé, la thématique des vaccins est un sujet sensible. Animant les débats, entre ceux qui sont « pour ou contre la vaccination »,  et souvent à la Une des tribunes internationales (comme lors du décès de nourrissons après avoir reçu un vaccin anti-hépatite B en Chine ; ou des résultats d’une étude franco-américaine sur la différence homme-femme vis-à-vis de l’efficacité des vaccins), « la vaccination » mérite une attention permanente des politiques de santé publique. Interrompre la circulation des virus ne se limite pas qu’à proscrire des vaccins, et pour améliorer les stratégies en santé publique une veille sanitaire permanente est menée, notamment grâce à des points épidémiologiques sur les maladies infectieuses relayés par l’InVS (Institut de veille Sanitaire). Ces points enrichissent les révisions du calendrier vaccinal annuel (vaccinations obligatoires ou recommandées), en partie grâce à la séroprévalence (prévalence des anticorps, « nombre de personnes dans une population donnée qui répond positivement à des tests sériques spécifiques ») qui mesure l'impact de la vaccination et permet la modification de la couverture vaccinale.

Afin d’enrayer un virus dans une population, une majorité de personnes doit être nécessairement immunisée. Parmi les maladies infectieuses, la rougeole est en ligne de mire, et comme le soulignait le portail MesVaccins.net « l'Organisation mondiale de la santé (OMS) considère que l'élimination ne peut être obtenue que si moins de 5 % des sujets exposés restent non protégés ». Notons que « Chez les sujets nés avant 1980, un taux élevé d'immunisation était entretenu par la circulation très active du virus et une forte incidence de la maladie. L'introduction du vaccin ayant depuis limité la circulation, la protection des sujets jeunes, exposés à des formes sévères de l'infection, doit être obtenue par la vaccination. Celle-ci est réalisée avec un vaccin trivalent qui protège également contre les oreillons et la rubéole. Elle est recommandée en France à l'âge de 12 mois, avec rappel entre 16 et 18 mois ».

Un Bulletin épidémiologique hebdomadaire publié en France en 1998 mettait déjà en avant une immunité insuffisante des enfants et des adolescents à l’égard de la rougeole, des oreillons et de la rubéole. La nouvelle étude vient tirer la sonnette d’alarme en soulignant que les recommandations en matière de vaccination nécessitent encore un travail important. L’objectif était de « déterminer le statut sérologique de la population de France métropolitaine âgée de 1 à 6 ans et de 6 à 49 ans vis-à-vis de la rougeole, des oreillons, de la rubéole, de l’hépatite A, de l’hépatite E, de la toxoplasmose, des infections à herpès virus de type 1 et 2 (HSV1 et HSV2) et des infections à cytomégalovirus (CMV) ».

L'étude (basée sur deux enquêtes de 2008-2009 et 2009-2010) indique que les proportions de sujets non protégés contre la rougeole, les oreillons et la rubéole étaient de 10 %, 15 % et 11 % chez les enfants de « 1 à 6 ans », de 8 %, 14 % et 8 % chez les sujets de « 6-29 ans » et de 1 %, 6 % et 5 % chez ceux âgés de « 30-49 ans ». Dans la tranche d'âge « 20-29 ans », près de 9 % des sujets étaient séronégatifs pour la rougeole dans cette étude, alors qu'ils n'étaient que 1,5 % en 1998. L’évolution montre la moindre circulation du virus depuis les années quatre-vingt ainsi qu'un défaut de vaccination, abandonnant un quota trop important de la population non protégée. De fait, la survenue d'épidémies reste possible, et peut conduire les autorités de santé à recommander un rattrapage vaccinal pour les personnes nées depuis 1980, au lieu des sujets nés depuis 1990 antérieurement. « Dans la tranche d'âge la plus jeune (1-6 ans), la proportion de séronégativité est fortement liée à la vaccination et à la répétition du vaccin : elle passe de 84 % chez les non vaccinés à 4 à 8 % chez ceux qui ont reçu une dose de vaccin et moins de 4 % chez ceux qui ont reçu 2 doses ».

Ces résultats de recherche mènent à un bilan indispensable de la « réceptivité des enfants et des jeunes adultes » vis-à-vis des trois maladies prévenues par le vaccin trivalent (ROR : Rougeole, Oreillons, Rubéole), plus de vingt ans après son introduction. Les conclusions dévoilent « la présence d’une proportion encore élevée de sujets réceptifs chez les moins de 30 ans, permettant la survenue d’épidémies de rougeole ou d’oreillons. Suite à l’épidémie de rougeole et à l’élargissement du rattrapage vaccinal, la réceptivité vis-à-vis de la rougeole a vraisemblablement diminué aujourd’hui. Les résultats suggèrent aussi une diminution de l’exposition vis-à-vis de l’hépatite A et de la toxoplasmose chez les personnes nées après 1980. Ce premier bilan sera complété par des analyses complémentaires plus détaillées, spécifiques aux différentes maladies étudiées ». Enfin, ces résultats vont être profitables au « Programme national d’amélioration de la politique vaccinale 2012-2017 » élaboré par la Direction générale de la santé, et sans doute modifier le « travail de terrain » des professionnels de santé pour le suivi des vaccinations des sujets de moins de 30 ans.

Sources 

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