Alcoolisme : le LSD pourrait devenir un traitement efficace

Le LSD avait déjà été utilisé par le passé avec un certain succès dans des tests cliniques pour traiter l'alcoolisme. Mais jusqu'à présent, aucune recherche n’a apporté de résultats sur des essais afin de documenter exactement dans quelle mesure le LSD pourrait avoir une action sur l’alcoolisme. Une nouvelle méta-analyse sur cette drogue, réalisée par la Faculté de médecine de Trondheim (Norvège), révèle dans le Journal of Psychopharmacology/SAGE, de nouvelles preuves sur les apports bénéfiques du LSD pour traiter la dépendance alcoolique.

Synthétisé pour la première fois en 1938 par deux chimistes suisses (Albert Hofmann et Arthur Stoll), le LSD (acronyme du mot allemand « Lysergsäurediethylamid », « Lysergic acid diethylamide » en anglais), est un psychotrope hallucinogène très puissant, dont la prise de doses infinitésimales entraînent des modifications de la perception, de la pensée et de l'humeur. L’étude publiée le 9 mars 2012 révèle que le principe actif du LSD, le diéthylamide de l'acide lysergique, pourrait aider les alcooliques à ne plus boire, et reprend une analyse d’études réalisées dès les années soixante.

Effets bénéfiques du LSD sur l'alcoolisme ?

Présentée dans le Journal of Psychopharmacology, l’étude a examiné les données provenant de six essais et plus de 536 patients, et signale qu’un "effet bénéfique significatif" sur l'abus d'alcool, qui a duré plusieurs mois après la prise du médicament, est avéré. Le LSD semble agir en bloquant un neurotransmetteur dans le cerveau, la sérotonine (qui est à la fois une hormone et un neuromédiateur du système nerveux central), qui contrôle les fonctions y compris ceux de la perception, du comportement, de la faim et de l'humeur.

L’équipe de chercheurs du Département de Neuroscience de l'Université norvégienne de Science et Technologie de Trondheim a analysé les études antérieures réalisées sur cette drogue, entre 1966 et 1970. Les chercheurs expliquent dans leur étude que « Les évaluations de l'acide lysergique diéthylamide (LSD) dans le traitement de l'alcoolisme n'ont pas été basé sur une méta-analyse quantitative. Par conséquent, nous avons effectué une méta-analyse d'essais contrôlés randomisés afin d'évaluer l'efficacité clinique du LSD dans le traitement de l'alcoolisme. Nous avons identifié six essais admissibles, y compris 536 participants. Il y avait des preuves d'un effet bénéfique du LSD sur l'abus d'alcool. »

Les patients ont tous pris part à des programmes de traitement pour un problème d’alcoolisme, et certains ont reçu une dose unique de LSD comprise entre 210 et 800 microgrammes. Pour le groupe de patients prenant du LSD, 59% ont montré des niveaux réduits de l'abus d'alcool, comparativement à 38% dans l'autre groupe. Cet effet s'est maintenu six mois après la prise de l'hallucinogène, mais elle a disparu après un an. Ceux qui prennent du LSD ont également signalé des niveaux plus élevés d'abstinence.

Les auteurs de ce nouveau rapport ont déclaré : « une seule dose de LSD a un effet bénéfique important sur la consommation abusive d'alcool. », et ont suggéré que des doses régulières (avec suivi médical obligatoire) peuvent conduire à un avantage durable.

Les auteurs soulignent que compte tenu de la preuve d'un effet bénéfique du LSD sur l'alcoolisme, il est difficile de comprendre pourquoi cette méthode de traitement a été largement négligé. Ils signalent aussi que des lois autour de drogues illicites devront être assouplies à l’avenir pour une utilisation clinique afin de permettre davantage de recherches.

Enfin, rappelons que l’alcoolisme a de multiples répercussions sur la santé publique, comme l’indiquait un communiqué de presse de l’OMS de février 2011 :

  • Près de 4% des décès sont liés à l’alcool. La plupart des décès liés à l’alcool résultent de traumatismes, du cancer, de maladies cardio-vasculaires et de la cirrhose du foie.
  • Au plan mondial, 6,2% des décès d’hommes sont liés à l’alcool contre 1,1% des décès de femmes.
  • En Fédération de Russie et dans les pays voisins, un homme sur cinq meurt de causes liées à l’alcool.
  • 320 000 jeunes gens âgés de 15 à 29 ans meurent chaque année de causes liées à l’alcool, ce qui représente 9% de la mortalité totale dans ce groupe d’âge.
Sources

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