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Quand Google bouscule la déontologie médicale sur le Web

Alors que le Conseil national de l'Ordre des médecins (Cnom) contribue à la déontologie médicale sur le Web (notamment avec le Livre Blanc), et que la Fondation HON développe et affine son système de certification des sites en santé, Google bouleverse les résultats de recherches en santé sur leur  incontournable moteur de recherche.

Annoncé le 13 février 2012, Google propose dans sa version anglophone un nouveau résultat de recherche sur les requêtes liées aux symptômes. Se voulant être une amélioration pour les domaines de la santé sur le Web selon le communiqué officiel, le contenu de ce « e-diagnostic médical » soulève quelques inquiétudes, puisque qu’il n’est pas la réponse d’un professionnel de santé.

Si un moteur de recherche n’a pas besoin de publicité, il s’agit bien de celui-là. Porte d’entrée sur Internet pour des millions d’internautes, l’équipe de Google est aux manettes d’un moteur de recherche qui bouillonne d’idées et bouscule le Web sans cesse.

Dans les domaines de la santé, des projets comme Google Health® ont vu le jour depuis la création de ce moteur fondé en 1998. Arrêté après quelques années d’existence, c’est plus du côté « pédagogique » que Google s’est orienté, avec leur « Google Body Browser » - un outil très pratique (sorte de Google Earth du corps humain) pour découvrir l’anatomie du corps humain en 3D.

Docteur Google et la Cybercondrie

Bien que les projets de Google soient généralement attrayants et au service du plus grand nombre, la dernière modification de l’algorithme du moteur de ce « mastodonte » de l’Internet vient titiller le domaine sensible de la Santé sur le Web.

Annoncé le 13 février 2012 sur le Blog officiel Google Inside Search - avec le titre-slogan « Improving health searches, because your health matters » (Améliorer les recherches sur la santé, parce que votre état de santé est important » -, le moteur de recherche propose (en version américaine pour l’instant) une initiative qui risque sans doute de stimuler ce qu’on nomme depuis quelques années la « Cybercondrie ».

Devenir « Cybercondriaque » (l’hypocondrie liée à internet) est un phénomène grandissant, comme l’ont démontré différentes études et sondages, dont un sondage réalisé par Harris Interactive sur la période de 1998-2010 (cf. Sources, Juillet 2010). Le moteur de recherche Google propose depuis leur annonce un résultat de recherche très « étonnant » sur les requêtes liées à la santé et plus particulièrement lors de la recherche de symptômes.

Google justifie leur modification en expliquant que « pour rendre le processus plus facile, maintenant, quand vous effectuez une recherche pour un symptôme ou un ensemble de symptômes, vous verrez souvent une liste des diagnostics de santé pouvant être liés que vous pouvez utiliser pour affiner votre recherche.

La liste est générée par nos algorithmes qui analysent les données à partir des pages à travers le Web et la surface des problèmes de santé qui semblent être liés à votre recherche. Par exemple, si vous recherchez « abdominal pain on my right side » [ndlr, douleur abdominale sur le côté droit], vous serez en mesure de voir rapidement certaines conditions potentiellement liées, et en apprendre davantage sur eux en cliquant sur les liens dans la liste.

La liste des diagnostics de santé que vous voyez est agrégé de ce qui est écrit sur le web au sujet des symptômes que vous avez recherché. La liste n'est pas rédigée par des médecins et bien sûr n'est pas l'avis d'experts médicaux. ».

Même si la volonté de Google est en apparence de vouloir offrir un contenu en santé de qualité - et que cette nouveauté risque de ne pas se figer (gageons-le) - quel avantage à proposer un contenu en santé qui ne serait pas approuvé par des professionnels de santé ? Cet argument ne va-t-il pas à l’opposé de ce que met en place une fondation devenue essentielle comme HON et tous les professionnels de santé attachés à la déontologie sur le Web ? Ne serait-ce pas un minimum, que de proposer et d’offrir des contenus uniquement validés par les « circuits » compétents et une certification comme celle de la Fondation HON ? Google n’a-t-il pas les moyens de collaborer avec des institutions et professionnels de santé ?

Tout autant de questions qui laissent dubitatif sur la véracité des résultats de recherche. Car placer des sites comme Wikipédia dans des résultats de recherches pour des symptômes semble plutôt dommageable lorsqu’on sait l’origine des contenus publiés sur Wikipédia (qui reste une plateforme collaborative utile et pratique, c’est vrai, mais dont la qualité des contenus reste parfois douteuse et mériterait plus  de contrôle sur des domaines comme la Santé).

De l’Intelligence Artificielle (IA) à une Médecine bien réelle

Les évolutions technologiques souhaitant faire une union entre l’Homme et la Machine sont de plus en plus au goût du jour dans les domaines de la santé. Comme le montre la dernière annonce du projet Watson d’IBM. Une initiative mettant l’Intelligence Artificielle au service des médecins et non en remplacement de ce dernier.  

Watson fonctionne en absorbant les archives de littérature oncologique en tant que « consultant » pour aider et affiner les diagnostics des praticiens sur les cancers. Des applications ambitieuses de ce type, au même titre que certaines initiatives de validations-certifications des contenus en santé sur le Web, sont très souvent restées à l’état de projet, voire abandonnées.

Ce que Google propose est donc extrêmement « délicat » et problématique, puisque les contenus médicaux donnant un diagnostic sont le résultat d’une recherche réalisée par des algorithmes et non un oeil averti de professionnel de santé. Obéissant à des règles et à une logique d’information structurée, le fondement scientifique - plus précisément le diagnostic médical dans ce cas - ne peut (ou ne doit) donc pas se passer du professionnel de santé, sous peine de délivrer des informations hasardeuses et fausses.

Les solutions définitives et parfaites ne font pas éloges, mais les résultats de recherche d’une telle proposition de Google devraient proposer, au minimum, uniquement des informations provenant de sources officielles et certifiées par la Fondation HON. Le travail de fourmi de cette Fondation est le fruit d’une évaluation et d’un contrôle humain avant toute chose ; où l’outil informatique est une aide complémentaire, sans remplacer l’expérience et les compétences nécessaires dans l’appréciation de la transparence et la qualité d’un contenu en santé disponible sur le Web.

La solution définitive n'existe pas. Ne pas utiliser Internet en Santé serait une erreur. Mais livrer entièrement sa confiance pour un diagnostic à un moteur de recherche est une hérésie. Ceci peut se confirmer lorsqu’on fait par exemple quelques recherches sur des symptômes et que Google propose des sites comme Doctissimo.fr dans le Top des résultats. Ce dernier informe bien entendu. Mais en plus de ne pas être validé par la Fondation HON (ce qui n’empêchera pas de toute façon de consulter un médecin plus que son ordinateur), il est simple de se rendre compte qu’il est aussi un activateur de cybercondrie  (ou encore de nomophobie, récente "pathologie" décrite comme une dépendance aux smartphones, venant de la contraction de "no mobile phobia") et d’idées reçues, lorsqu’on découvre certains articles ou commentaires douteux. A noter aussi qu'un nombre grandissant de sites sont crées uniquement dans le cadre du référencement en santé (nommé aussi seo santé) sur Google, avec des contenus douteux et une vocation commerciale et utilisant des techniques virales.

L’Internet dans les domaines de la Santé ne doit pas être entre les mains de « n’importe qui », et les internautes-patients (e-patients) doivent pouvoir se rendre compte que la notoriété et le référencement d’un site ne sont que très rarement l’allié d’un contenu de qualité et validé par des professionnels de santé.

Dispositif complexe, qui est encore à l’état de « balbutiement » à l’échelle du Web, l’appréciation de la qualité des contenus en Santé nécessite que les Internautes ne prennent pas un résultat de recherche pour argent comptant. Vérifier, comparer, confronter, sont des attitudes à faire naître dès l'usage d'Internet pour s'informer sur la santé. Et surtout, ne coupez pas le lien avec votre médecin traitant ou votre pharmacien!

Eviter la gangrène de l’internet

Au quotidien, des millions de personnes recherchent sur Internet - pour eux-mêmes ou leurs proches - des informations en santé qui portent sur des symptômes éprouvés.

Semant parfois la panique dans l’esprit d’un patient avant même d’avoir été consulter un professionnel de santé, la recherche de symptômes sur Internet n’a pas que des effets positifs. Même si cela peut permettre de renseigner un patient en l’aiguillant vers des savoirs approuvés, Internet ne doit pas remplacer la relation entre un patient et son médecin traitant (mais la rendre plus avertie). Et encore moins faire l’ éloge d’un savoir erroné et/ou non contrôlé par des personnes compétentes.

Pour sûr, Internet doit rester libre, et les Internautes sont pour certains assez « grands » et avertis pour faire la différence entre des bonnes informations et des contenus erronés. Cependant, au même titre que personne ne s’improvise médecin, chirurgien ou psychiatre, il est pernicieux de porter la Santé sur Internet dans un créneau de diagnostic médical anarchique et géré par des algorithmes.

Tout comme le Conseil national de l'Ordre des médecins (CNOM), Le Guide Santé émet de fortes réserves sur cette nouveauté de Google (en tous cas sous cette forme). La santé n’a pas de prix mais un coût. Et ce coût (déjà trop élevé) ne devrait pas être augmenté par des initiatives confuses dans un domaine où l’amateurisme à des conséquences irréversibles et parfois catastrophiques.

L'Union fait la force

Engageons l’espoir que Google se mettra en relation avec des professionnels de santé et la Fondation HON (pour ne citer qu’eux), qui participe d’une certaine manière autant à la « santé » de l’internet qu’à la qualité des informations disponibles. Une Fondation dont l’initiative porte sur l’ensemble de la transparence du contenu éditorial sur Internet, en s’adaptant et en prenant compte le plus possible l’évolution foisonnante du Web, comme avec leur dernière notification sur les Pharmacies et Parapharmacies en ligne.

Sources


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