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Interview : Christophe Fernandez de l'AFPAP

Véritable enjeu sociétal considérable, la prise en charge des pathologies du vieillissement et de la dépendance est au coeur des débats de l’année 2011. Ceci ne doit pas exclure, mais bien éveiller et soulever, la cohésion d’un système pérenne.

Au sein des acteurs qui ont une vocation cruciale - venir en aide aux personnes âgées maltraitées en institution et soutenir les familles dans leurs démarches - l’AFPAP (Association Française de Protection et d'Assistance aux Personnes Agées) s’efforce depuis 2001 à la tâche, en étant une « grande pourfendeuse » et la seule association indépendante a avoir mis en oeuvre, sans l’aide des pouvoirs publics, une initiative issue d’un engagement moral remarquable.

Association AFPAP

Interview de Christophe Fernandez

 

Vous avez fondé l’AFPAP il y a bientôt plus de 10 années. Quelle a été la première motivation, le déclic qui vous a poussé à la mettre en place ?

Il est essentiel de garantir à nos aînés l’accès aux soins et de leur offrir une fin de vie dans la dignité, l’écoute et le respect. Malheureusement, nous avons trop souvent fait le constat de l’extrême vulnérabilité et de l’état de délaissement auxquels étaient confrontées les personnes âgées, notamment en institution.

De plus, le vieillissement de la population est devenu un marché porteur pour des affairistes sans scrupule. Le manque de contrôle et d’encadrement du secteur a contribué au développement de la maltraitance institutionnelle.

Comment a été perçue votre arrivée dans le paysage des associations au service des usagers par les équipes des maisons de retraite ?

L’AFPAP a très vite été considérée et utilisée par les professionnels comme un appui, un relais, pour révéler des situations de maltraitance et dénoncer les conditions de prise en charge et de soins inacceptables.

Les métiers du grand âge sont trop peu valorisés. Le manque de reconnaissance, le manque de valorisation, le manque de moyens et d’outils plongent les salariés des maisons de retraite dans une profonde détresse.

Par dépit, ces salariés contraints au silence, au bord du "burn- out", alertent l’AFPAP sur leurs conditions de travail et sur les dérives d’un système où les intérêts économiques priment sur ceux de l’usager accueilli.

Vos actions permettent à de nombreuses familles de ne pas se sentir désoeuvrées face à un problème de maltraitance en maison de retraite. Comment procédez-vous pour vous faire connaître auprès des familles ?

Tout d’abord, il faut préciser que l’AFPAP a mis à disposition des personnes âgées et des familles, mais également des professionnels et des institutionnels, le 1er Numéro Vert gratuit en France, permettant de trouver une assistance (Tél.: 0800.020.528).

L’AFPAP communique ses actions par le biais de son site internet doté d’un formulaire d’assistance en ligne. L’action de l’AFPAP est relayée dans de nombreux médias dans le cadre de reportages de presse écrite et télévisuelle. L’AFPAP collabore régulièrement à la réalisation d’ouvrage de référence (cf. : On tue les vieux - Editions Fayard , L’Or Gris - Editions Flammarion, ...).

Dans le cadre des actions judiciaires menées, en tant que partie civile devant les tribunaux, depuis l’existence de votre association, avez-vous remarqué une baisse ou une progression de la maltraitance des personnes âgées ?

Le vieillissement de la population, considéré comme un véritable "tsunami" démographique, n’a pas été anticipé par les pouvoirs publics et nous en subissons aujourd’hui et nous en subirons dans l’avenir, les conséquences désastreuses.

L’action d’une association, aussi efficace soit-elle, ne peut enrayer le phénomène de la maltraitance institutionnelle qui est une des principales conséquences de ce manque d’anticipation.

A ce jour, aucune étude basée sur des indicateurs fiables n’a été réalisée pour quantifier la progression du phénomène.

Dans le cas d’un problème de maltraitance, intervenez-vous dans les solutions de relogement pour les personnes âgées ?

Il appartient aux services de l’état d’assurer le relogement des personnes âgées victimes de maltraitances, dans des conditions satisfaisantes.

Nous déplorons le manque cruel de places d’hébergement en institution qui malheureusement, trop souvent, impose aux personnes âgées d’être maintenues dans les établissements défaillants.

Lorsqu’une famille se voit dans l’obligation de placer un proche en maison de retraite, nombre de critères doivent être validés pour assurer la qualité de vie des aînés. Hormis l’aspect financier qui guide souvent le choix, quels sont pour vous les priorités afin d’identifier une « bonne » maison de retraite ?

Les critères d’évaluation bien souvent mis en avant sont nombreux et souvent peu pertinents . Il faudra bien évidemment privilégier le caractère humaniste de l’établissement et de son personnel.

Si cet aspect relève de l’affectif, il faudra être attentif à un ratio personnel élevé pour une meilleure qualité de prise en charge. C’est dans les ratios insuffisants que l’on trouve les racines de la maltraitance. C’est le sous-effectif chronique, ajouté au manque de compétence, qui crée trop souvent ces situations de maltraitance.

Enfin, que pensez-vous de manière générale des palmarès édités sur les maisons de retraite ? Et seriez-vous d’avis à ce que les méthodologies actuelles insèrent des critères sur les antécédents juridiques ou touchant à la maltraitante dans un établissement ?

Les palmarès connus jusqu’à ce jour n’ont pas démontré leur efficacité ou leur pertinence en terme de fiabilité. Trop souvent des établissements primés dans ces palmarès faisaient l’objet de signalement et de mise en cause auprès de nos services voir même de poursuites judiciaires.

Il est indispensable qu’une évaluation prenne en compte les remontées d’informations auprès des associations de lutte. Ces informations en provenance des personnes âgées, des familles, des professionnels, des institutionnels, mettent en évidence des situations de maltraitance révélées ou avérées dans le cadre d’actions judiciaires.

Il serait également judicieux d’instaurer des critères d’évaluation supplémentaires qui peuvent donner des indications pertinentes sur la vie interne de l’établissement : ratios du personnel, GMP de l’établissement, son taux d’occupation, le turn-over des résidents, le turn-over des personnels, le nombre d’arrêts de travail,...

Enfin, l’accès au rapport d’inspection des autorités de tutelle, lorsque des contrôles sont effectués, permettrait également de s’assurer que la sécurité des résidents est garantie au sein des établissements cités.

- J.B / AFPAP C.Fernandez - Tous droits réservés  

 


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