De la salutogénèse dans notre système de santé ?

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De la salutogénèse* dans notre système de santé ?

 

On a parfois envie d'un vrai changement. D'un coup d'audace et d'épée dans la routine. Comme le révèle l’évolution des moeurs, des comportements, des actualités en santé (l'affaire Médiator®, celle du service de chirurgie cardiaque de Metz, etc.) et de la réglementation. Aujourd'hui, les usagers en santé portent leur espoir pour une transparence et une amélioration de tout le système de santé – les avis et les commentaires de ces derniers, lisibles sur Internet témoignent en ce sens. Pas forcément spectaculaire : il ne s'agit pas de s'esquinter à la tâche et encore moins de commettre l'irréparable. Mais plutôt de faire valser nos a priori et d'"aller mieux".

Davantage de cohérence ? Une meilleure hétérogénéité de la qualité des soins sur le territoire ? Des informations fiables sur le niveau de performance d'un hôpital ? Un palmarès des avis des usagers ? Des classements collaboratifs ?...

C'est dans une belle humeur conquérante que de plus en plus d'usagers font résonner leurs avis et commentaires, sur la qualité des services des établissements de santé et sur la préservation de leurs droits. En partie, grâce aux indispensables associations d'usagers et à la révolution des médias qui deviennent plus dynamiques que de « moyen », la satisfaction des usagers est aujourd'hui un critère de taille dans l'évolution de tout le système de santé. Bien que le niveau de qualité des soins en France soit globalement bon, il réside indiscutablement des zones d'ombre, des écarts.

Certaines bourgades de notre bel Hexagone ne donne pas la même chance aux patients des établissements de santé. Souhaité par les usagers (et aussi par l'Etat), la transparence de lecture de la qualité d'un établissement de santé, par des « indicateurs simples » s'impose de plus en plus dans notre avenir proche. Même si le chemin peut sembler long et fait de péripéties, il est loin d'être une vulgaire lubie. En étant une vraie réponse à une meilleure visibilité de notre système de soins.

Bien que les établissements de santé fournissent de nombreux efforts et soient tous soumis à une certification conduite tous les quatre ans par la Haute Autorité de santé (HAS) grâce à une autoévaluation des pratiques (maîtrise du risque transfusionnel, organisation des blocs opératoires, bon usage des antibiotiques,...), le respect des droits des patients et à l’information des familles, paraît ne plus pouvoir se dérouler sans les avis participatifs des usagers.

Même si le bon respect des pratiques des soins et des droits des usagers peut progresser par l'autoévaluation, les certifications ne garantissent pas la qualité en temps réel d’un établissement. Parfois trop empirique pour une activité si fondamentale. En ce sens, le développement de critères de qualité et d'indices de satisfaction ne peut plus se passer sans une partie collaborative avec les usagers en santé - les personnes directement confrontées à la réalité de certains tabous qui seraient à briser dans un établissement de santé.

Ne nous affranchissons pas d'oser !

 

Depuis la naissance des premiers classements et palmarès (hôpitaux, maternités, cliniques, maisons de retraite) dans les années quatre-vingt dix, bien des choses ont évolué. Du regard de l'usager à sa force de persuasion pour engendrer des réflexions et des changements, chacun veut une transparence. Indigné parfois devant la qualité de l’accueil, de l'information, de l'hygiène ou de la prise en charge de la douleur, ou en parfaite mésentente avec les résultats d'un palmarès d'établissements de santé, le maintient d'une opacité totale ne s'avère plus possible sans une émulation régulière entre les établissements, les usagers, les autorités et les professionnels.

Utopie pour certains, avenir pour d'autres, les méthodologies de certification et de classements des établissements de santé, tout comme les méthodologies de certification de site Internet sur la santé, doivent être le plus intègres possible, intelligentes, correctement fondées, et mettre en exergue la vraie valeur médicale d'un établissement qui n'est pas forcément en rapport avec la satisfaction des usagers. Par conséquent, il doit coexister plusieurs moyens, plusieurs regards, dans le respect de tous les acteurs. Mais surtout une hyper-réactivité, en se consacrant à un Monde moins « déconnecté » - ce qui est dommageable à une heure où le Monde ne respire plus sans le Web.

Ceci, sans pour autant nous « couper », ou banaliser les services de santé et la parole des Uns et des Autres. La présentation de nouveaux indicateurs de qualité et de satisfaction rigoureux ne se fera pas sans une adaptation face à l'effervescence de la société, et en laissant une place prépondérante au vaste et nécessaire mouvement d'éveil de la conscience en faveur de toutes et tous. Exprimons, inventons, mais ne nous affranchissons pas d'oser !

 

*Définition | Salutogénèse : Le paradigme de la « salutogenèse », développée par le sociologue de médecine américano-israélien Aaron Antonovsky (1923-1994), permet de saisir l’approche émancipatrice du concept de promotion de la santé. La "salutogenèse" signifie qu’on s’intéresse en premier lieu aux causes et aux conditions de la santé. On s’éloigne ainsi du paradigme classique de pathogenèse qui, lui, est orienté sur la maladie. L’accent n’est plus mis sur les facteurs de risque mais sur les ressources dont dispose l’être humain pour préserver et développer sa santé. (Sources : educationsante.be)

 

Dr Jean-Pascal DEL BANO



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