La douleur chronique pas assez soulagée

Même après un an de traitement, la quasi-totalité des patients douloureux chroniques continuent de souffrir, selon l'enquête européenne PainSTORY, dont les résultats ont été présentés par la société Mundipharma la semaine dernière à Paris.

Pendant un an (avril 2008 à mai 2009), l'enquête a recueilli l'impact de la douleur chronique sur la vie de patients souffrant de douleur non cancéreuse, modérée à sévère, depuis au moins trois mois. Elle a été menée dans 13 pays européens, auprès de 294 patients dont 26 Français.

La majorité des patients (95%) souffre toujours à la fin du suivi, c'est-à-dire après au moins un an de traitement. 6 patients sur 10 estiment même que la "douleur chronique contrôle leur vie". "Cela affecte ma capacité à travailler, à me concentrer, à écouter", témoigne l'un d'eux.

Comme leurs homologues européens, les patients français sont gênés dans leurs activités quotidiennes (78%) ou professionnelles (67%). D'un point de vue émotionnel, 54% se sentent seuls face à la douleur (car elle les isole des autres, qui ne la ressentent pas), 61% se disent anxieux ou déprimés et 19% avouent parfois souhaiter mourir.

Souvent, les patients ont peur de ne pas être compris dans leur douleur, "alors ils se taisent", explique le Docteur Malou Navez, responsable du Centre de la douleur du CHU de Saint-Etienne (Loire). Et comme il s'agit d'un phénomène subjectif, qu'il n'y a pas de "thermomètre de la douleur", les médecins ont tendance à sous-évaluer son niveau, estime-t-elle. D'où une sous-utilisation des traitements médicamenteux, en particulier des opioïdes (analgésiques agissant au niveau du système nerveux en atténuant la perception de la douleur).

Réservés aux douleurs les plus intenses, les opioïdes forts sont bien acceptés dans les maladies cancéreuses. "Mais on a beaucoup de mal à les donner pour les douleurs chroniques, que ce soit par manque d'habitude, par peur des effets indésirables ou par crainte de l'accoutumance", cite le Dr Navez.

"Il faut se former sur les traitements antalgiques et analgésiques, et donner les thérapeutiques adéquates, tout en traitant les effets secondaires indésirables", conseille-t-elle aux médecins. Pour "remobiliser le patient", la prise en charge doit être globale, insiste-t-elle, car la douleur a des impacts émotionnels, relationnels, professionnels et comportementaux.

La douleur représente 95% des motifs de consultation chez le médecin, indique le Docteur Navez. 1 patient sur 5 en Europe souffre de douleur chronique. Il s'agit d'un problème de santé publique qui se chiffre à 500 millions d'euros par an en termes de perte d'activité, de médicaments et de prise en charge, évalue le médecin.

 

Enquête réalisée en collaboration avec le World Institute of Pain, l'European Federation of IASP Chapters et l'OPEN Minds, et financée par Mundipharma International Limited.

 

© APM-Santé - PARIS, le 12 octobre 2010


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