Orthorexie: comprendre le trouble de l’alimentation saine

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Qu’est-ce que c’est

L’orthoréxie est un trouble du comportement alimentaire qui se caractérise par une obsession pour une alimentation saine. Les personnes qui en souffrent se sentent obligées de suivre un régime restrictif qui, selon les cas, peut exclure la viande, les matières grasses, des aliments sans étiquette écologique, les additifs, etc. Cela peut entraîner des carences nutritionnelles et altérer la santé mentale.

« L’orthoréxique ne remplace pas les aliments qu’il rejette par d’autres qui pourraient apporter les mêmes nutriments. Cela se traduit par de l’anémie, des carences vitaminiques ou en oligo-éléments, ou un manque d’énergie », explique Isabel Zamarrón, du Département de Nutrition de l’Hôpital Universitaire Ramón y Cajal, à Madrid.

Actuellement, ce trouble n’est pas répertorié dans les catégories officielles des troubles psychiatriques, mais les psychiatres et les psychologues en reconnaissent l’existence et le traitent lors de consultations, notamment dans les services dédiés aux troubles de l’alimentation.

Causes

Les facteurs qui sous-tendent l’orthoréxie ne sont pas clairement établis, mais on observe qu’elle se manifeste souvent chez des personnes présentant des comportements obsessionnels et une grande perfection. Cette dernière caractéristique est partagée avec les sujets souffrant d’anorexie, de boulimie ou d’autres troubles du comportement alimentaire (TCA) et, en fait, dans certains cas l’orthoréxie fait partie de la symptomatologie restrictive associée à ces pathologies.

Les psychiatres et les psychologues constatent fréquemment que l’inquiétude excessive pour une alimentation saine est liée, selon les mots de Marina Díaz Marsá, vice-présidente de la Société espagnole de psychiatrie et de santé mentale, « à un mal-être ou à une difficulté personnelle que l’on tente d’apaiser en contrôlant d’autres aspects de la vie ». Dans ce cas, c’est par l’alimentation.

Dans certains cas, le déclencheur peut être une maladie physique, comme par exemple un cancer. Le Colegio de Dietistas-Nutricionistas de la Comunitat Valenciana (Codinucova) a signalé une augmentation de l’orthoréxie chez les patients atteints de cancer, principalement des jeunes femmes. La nutritionniste Victoria Góngora, spécialiste en nutrition oncologique, commente que l’origine de ce trouble mental chez les patientes atteintes de cancer naît du désir de contrôler les symptômes de leur maladie ou les effets secondaires du traitement. « Ces patientes cherchent à contrôler la maladie par l’alimentation, en restreignant des groupes d’aliments, y compris des compléments, ce qui nourrit les peurs et la culpabilité face à la consommation d’aliments. Cela peut engendrer des troubles psychologiques, tels que l’orthoréxie, si on n’y remédie pas ».

Symptômes

Le symptôme principal qui caractérise cette maladie est une préoccupation excessive pour tout ce qui est ingeré.

Les patients consacrent un grand nombre d’heures chaque jour à planifier et préparer les repas.

Ils sont si stricts qu’ils se sentent même coupables lorsqu’ils ne respectent pas ces règles et s’imposent des régimes et des jeûnes encore plus rigides. De même, ils éliminent complètement certains aliments de leur alimentation, non seulement la viande et les matières grasses, mais aussi d’autres substances comme le sucre.

Contrairement à d’autres troubles de l’alimentation, les orthoréxiques ont tendance à être très ouverts quant à leurs règles alimentaires et n’hésitent pas à les afficher avec fierté devant autrui.

De même, ils méprisent ceux qui ne suivent pas ces règles diététiques, ce qui peut conduire le patient à l’isolement social.

L’orthoréxie débute souvent par des habitudes de vie saines qui se transforment en obsession et peut provoquer chez les patients de lourdes pertes de poids. De plus, ils peuvent perdre la capacité à manger intuitivement, c’est‑à‑dire ils ne savent plus quand ils ont faim ou quand ils sont rassasiés.

Prévention

Pour éviter de sombrer dans l’obsession pour une alimentation saine, les spécialistes recommandent de suivre les conseils suivants :

  • Se baser sur une alimentation saine qui inclut les quantités et la variété d’aliments dont l’organisme a besoin pour fonctionner correctement.
  • Il est important de mettre l’accent sur l’éducation des enfants, notamment par le respect de soi et des autres et par l’éducation à travers des modèles de beauté et des comportements non stéréotypés.

Pour Robin Rica, directeur de l’Unité des Troubles Alimentaires de l’Institut Centta et membre du Groupe de Travail sur les Troubles du Comportement Alimentaire et Obésité du Colegio Oficial de Psicólogos de Madrid, il est fondamental de différencier, évaluer et diffuser les deux volets de l’alimentation : « L’alimentation a un composant nutritif, qui se rapporte à des aspects tels que les calories, les glucides, les protéines, les vitamines, les minéraux… Mais elle a aussi un composant social très puissant – en particulier dans les cultures méditerranéennes – et c’est un plaisir ; c’est pourquoi il existe la gastronomie ».

Types

Diagnostics

Étant donné qu’il existe une ligne fine entre l’intérêt pour une alimentation saine et l’obsession pour celle‑ci, il faut se rappeler que la clé du diagnostic de toute maladie mentale est que le trouble cause un dommage au patient, tant sur le plan physique que social et émotionnel.

Pour dépister l’orthoréxie, les spécialistes intègrent dans l’entretien clinique des questions destinées à éclaircir l’existence d’un comportement pathologique, telles que les suivantes :

  • Te préoccupes-tu davantage des caractéristiques saines de ce que tu manges que du plaisir que cela procure ?
  • passes-tu plus de trois heures par jour à penser à une nourriture saine ?
  • Te sens-tu supérieur par rapport à d’autres personnes qui ne mangent pas comme toi ?
  • Ta qualité de vie a-t-elle diminué à mesure que la qualité de ton alimentation augmentait ?
  • Te sens-tu coupable si tu sautes le régime que tu as décidé de suivre ?

Traitements

Le traitement des personnes souffrant d’orthoréxie repose sur la thérapie psychologique et la thérapie pharmacologique, selon les cas. « Le traitement consiste à s’attaquer à ce qui sous-tend cette attitude si pathologique », précise Díaz Marsá. D’où le recours fondamental à la psychothérapie. « À un moment donné, selon les conséquences affectives ou l’anxiété ressentie par la personne, il peut être envisagé l’usage d’un régulateur du stress ou de l’anxiété ».

Dans de nombreux cas, le trouble est abordé de manière multidisciplinaire, avec une équipe de professionnels comprenant un psychiatre, un psychologue et un diététicien-nutritionniste. L’éducation nutritionnelle est essentielle pour que le patient retrouve le recours à l’intuition : il doit manger quand il a faim et s’arrêter lorsqu’il se sent rassasié.

Il est recommandé d’incorporer progressivement tous les nutriments qui avaient été exclus et de poursuivre avec une alimentation saine qui apporte des quantités suffisantes de tous les groupes d’aliments.

Autres données

Les orthoréxiques ne s’inquiètent pas de la quantité qu’ils consomment, mais plutôt de la qualité des aliments, allant jusqu’à croire qu’un régime sain poussé à l’extrême peut guérir certaines maladies.

L’orthoréxie avancée peut représenter un danger pour la santé, notamment en provoquant une hyponatrémie (taux bas de sodium), une acidose métabolique (lorsque le corps produit trop d’acide ou lorsque les reins n’éliminent pas suffisamment d’acide) et une pancytopénie (où le patient présente des taux bas de globules rouges, de globules blancs et de plaquettes).

Quant aux conséquences psychologiques et sociales, Rocío Rodríguez, psychologue, psychothérapeute et coordinatrice des soins chez Ita Avenir (Barcelone), indique que celui qui souffre de cette pathologie finit par « consacrer beaucoup de temps à penser à ce qu’il va manger, faire les courses, cuisiner les aliments, etc. », ce qui implique « une augmentation de la pensée obsessive autour de la nourriture, amenant la personne à se concentrer sur son alimentation et à s’isoler et perdre le contact social ». Éviter les réunions avec la famille et les amis par méfiance quant à ce qui va être mangé favorise aussi « l’isolement de la personne, aboutissant à des idées suspicieuses et paranoïaques ». Finalement, cet isolement « génère des sentiments de tristesse, de vide et d’insatisfaction vitale ».

À propos de l'auteur

Dr Jean-Pascal Del Bano

Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.

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