Les expertes du deuil amoureux s’accordent : surmonter une rupture peut prendre jusqu’à deux ans et ces signes indiquent que vous êtes bloqué(e).

La fin d’une relation de couple constitue l’une des expériences émotionnelles les plus complexes pour les personnes, car elle n’implique pas seulement la perte du lien, mais aussi des projets, des attentes et des plans en commun. “Le deuil est un processus naturel face à la perte, et les êtres humains sont préparés à traverser le deuil avec plus ou moins de difficulté”, explique à CuídatePlus Sonia García, psychologue et sexologue.
Selon l’experte, le délai moyen pour dépasser un deuil se situe entre six mois et deux ans, “en fonction de différents facteurs tels que les stratégies de gestion émotionnelle de la personne, la durée de la relation et les conditions de la rupture”. Parfois, le deuil peut s’enkyster ou se figer: “Les signaux en sont, entre autres, l’évitement de penser ou de parler de la rupture comme si elle ne s’était jamais produite, le fait d’essayer de maintenir un contact constant avec le partenaire qui complique la clôture de la relation, parler uniquement des aspects positifs de la relation (idolâtrer la relation) ou éprouver de la honte ou de la culpabilité d’avoir du mal à surmonter la douleur de la rupture”.
De son côté, Silvia Morales, psychologue de l’espace infanto-juvenil et adulte de l’hôpital Hospiten Roca, distingue entre différents types de deuil :
- Deuil sain: permet de ressentir la douleur sans rester bloqué et facilite une adaptation continue.
- Deuil retardé, où les émotions apparaissent avec du retard.
- Deuil gelé, dans lequel on évite de ressentir.
- Deuil enraciné, lorsque la douleur se cronifie.
- Deuil inachevé, où l’on ne parvient pas à fermer complètement la perte.
Dans tous les cas, Morales souligne que le deuil ne doit pas être pathologisé, car il fait partie de l’expérience émotionnelle humaine. Cependant, une gestion inadéquate peut compliquer le processus, il est donc fondamental d’appliquer des stratégies qui favorisent le développement du deuil. Parmi elles, elle insiste sur l’importance de se permettre de ressentir et d’exprimer les émotions, évitant de réprimer la douleur. “Le deuil doit être vécu et ressenti; c’est le prix émotionnel que nous payons pour aimer”, affirme la psychologue.
Le type d’attachement, un rôle clé
Au-delà du fait que l’estime de soi puisse en souffrir et que la personne puisse traverser une crise d’identité après la rupture, García affirme que l’attachement peut jouer un rôle important :
- Si l’on parle d’un attachement anxieux, il peut y avoir une dépendance émotionnelle et cela signifie que la personne ressent le besoin anxieux de revenir avec l’ex-partenaire, compliquant ainsi le deuil car on vit la rupture avec une douleur émotionnelle intense, comme s’il n’y avait pas de vie au-delà du couple. On cherche le réenvoi.
- Si l’on parle d’un attachement évitant, la personne choisit (de façon consciente ou inconsciente) de rester distraite par d’autres choses, voire par d’autres relations superficielles, afin de ne pas connecter avec la douleur de la rupture, laissant le deuil en attente d’être traité.
- Si l’on parle d’un attachement sûr, cela permet de traverser les différentes phases du deuil pour parvenir à une acceptance saine, c’est‑à‑dire apprendre à cohabiter de manière équilibrée avec l’idée que cette personne ne fait plus partie de la vie sentimentale actuelle.
Contact zéro, oui ou non ?
(Homme: Magnific)
Autant que possible, le contact zéro aide à traverser le deuil car on ne reçoit pas d’informations constantes de l’ex-partenaire et facilite l’acceptation de la rupture, souligne García, qui ajoute que ce plan idéal n’est pas toujours réalisable : “Par exemple, lorsqu’il y a des enfants, des animaux de compagnie ou lorsque l’ex-partenaire est aussi un collègue de travail”.
Stratégies psychologiques qui aident à surmonter une rupture
La sexologue évoque le concept d’espoir zéro comme stratégie fondamentale. Celle-ci consiste à “accepter que la relation est rompue” et à travailler de manière consciente pour ne pas fantasmer sur la possibilité de reprendre le lien sentimental. Et l’illusion ou l’espoir de revenir pousse à rester accroché à la fantaisie selon laquelle si l’on revenait, cela serait différent et les problèmes, l’épuisement ou ce qui a conduit à la rupture seraient résolus.
Elle ajoute aussi que cela peut aider de dresser une liste des motifs de la rupture pour les relire lors des moments de faiblesse et que la personne se connecte à la réalité de la situation et non à l’aspiration d’un souvenir édulcoré. “Une autre recommandation est de compter sur une amitié proche ou un membre de la famille en qui l’on a confiance pour appeler ou écrire en tant que secours lorsque surviennent les envies de parler à l’ex‑partenaire”, souligne-t-elle.
Enfin, si le processus de rupture génère des symptômes d’anxiété, de dépression, de baisse de l’estime de soi ou tout autre malaise émotionnel difficile à gérer par soi‑même, la recommandation sera toujours de recourir à une thérapie psychologique.
À propos de l'auteur
Dr Jean-Pascal Del Bano
Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.
