La règle d’or pour éviter les produits chimiques : commencez par vérifier ces 6 clés

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Le fait qu’un ingrédient faisant partie d’un produit d’entretien soit approuvé ne signifie pas qu’il soit inoffensif. Toutefois, savoir lire l’étiquette de ces emballages, sans être chimiste, relève d’un véritable défi. David Céspedes, spécialiste en médecine préventive et santé publique, souligne que les deux repères les plus simples pour évaluer ce type de liste sont clairs : « plus la liste des ingrédients est longue et si le mot parfum apparaît, moins vous pouvez savoir de ce que vous utilisez réellement. » 

Risques liés aux produits

Par ailleurs, il existe des signaux concrets à repérer et à interpréter. il explique ce qu’ils signifient et quels risques se rattachent à certains produits chimiques qui peuvent figurer dans les produits d’entretien :

  • DMDM hydantoin, Imidazolidinyl urée, Quaternium-15: libérateurs de formaldéhyde, un cancérogène IARC Groupe 1.
  • Méthylisothiazolinone et méthylchloroisothiazolinone: ce sont les principaux allergènes de contact émergents en Europe.
  • Chlorure de benzalconium: est un biocide avec des signaux de toxicité reproductive émergents chez l’animal.
  • Sodium laureth sulfate (SLES): peut contenir 1,4-dioxane comme contaminant de procédé.
  • Triclosan / Triclocarban: provoquent des perturbations thyroïdiennes et une résistance bactérienne documentées.
  • Parfum / Fragrance: est un mélange opaque qui peut inclure des substances bioaccumulables et des allergènes non déclarés individuellement.

Pedro Güixens, docteur en chimie organique et responsable chimique chez Natulim, explique que la méthylisothiazolinone et la méthylchloroisothiazolinone (MIT et CMIT, pour leurs sigles anglais), sont « des antibactériens puissants, mais leur risque réside dans leur forte allergénicité« . Dans son entreprise, par exemple, pour les bandes de détergent insérées dans la machine à laver, ils utilisent comme alternative un produit concentré d’origine et des produits chimiques naturels qui, une fois neutralisés, se révèlent inoffensifs.

Un avantage de ce type de produits solides est qu’ils sont « hyperconcentrés et que ne pas contenir d’eau permet d’éviter ou de minimiser le risque de bactériologies, qui nécessitent un environnement humide pour se proliférer ».

Concernant le laureth, un composé chimique utilisé comme tensio-actif et émulsionnant, Pedro Güixens précise qu’il s’agit d’un produit éthoxylé, ce qui le rend généralement bien moins agressif au contact avec la peau que les non-éthoxylés. « Le SLS est très naturel, efficace et biodégradable mais très irritant et le SLES n’est pas aussi naturel mais plus sûr pour la peau et se dissout mieux dans l’eau ». En ce qui concerne le dioxane qui peut se former au cours du procédé chimique, il indique qu’en Europe la quantité tolérée de particules par million est fortement réglementée afin de maîtriser l’impact sur la santé.

En relation au triclosan, un agent  antibactérien et fongicide, Güixens souligne que l’un de ses problèmes est qu’il est très persistant dans la nature.

Et en ce qui concerne les parfums et fragrances, Güixens explique qu’il s’agit d’un mélange de composés chimiques conçus pour être très volatils et atteindre l’odorat, et que selon les ingrédients qu’ils contiennent, plus la liste est longue, plus il y a de chances que l’un d’eux soit allergénique.

« Ce que l’étiquette ne dit pas est aussi important que ce qu’elle dit, ajoute le docteur Céspedes. « Et c’est là un problème de réglementation que le consommateur ne peut résoudre seul. »

Quelles certifications sont réellement fiables ?

Face à l’opacité de l’étiquetage, les certifications indépendantes demeurent l’outil le plus utile pour le consommateur. La plus stricte en UE est l’Ecolabel Européen (la fleur verte étoilée), régulé par le règlement (CE) 66/2010. Pour l’octroyer à un détergent, on exige des critères de biodégradabilité, des limites de toxicité aquatique et l’exclusion des ingrédients classés comme cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction. « C’est la certification bénéficiant du plus grand soutien réglementaire réel », pointe Céspedes. « Ce n’est pas du marketing : il existe des critères techniques vérifiables derrière. » Le Nordic Swan Ecolabel scandinave affiche un niveau d’exigence similaire, avec des critères encore plus stricts pour les fragrances.

Céspedes souligne qu’il vaut mieux rechercher ces certifications sur les emballages plutôt que de se fier à des messages tels que « écologique »,  » naturel » ou « sans parabènes » qui, sans certification indépendante, n’ont aucune définition réglementaire et peuvent masquer des substitutions problématiques, argumente-t-il.

Et une allégation du type sans parabènes peut signifier que ces ingrédients ont été remplacés par la méthylisothiazolinone, qui présente un profil allergénique plus marqué. « Le marketing autour des ingrédients est une arnaque si ce n’est pas accompagné d’une certification vérifiable », rappelle le docteur Céspedes.

Produits d’origine végétale

Sur la question de savoir si les produits d’origine végétale sont plus sûrs, cet expert répond qu’—partiellement—oui, avec des nuances importantes. En effet, les tensioactifs d’origine végétale présentent généralement un meilleur profil de biodégradabilité et une toxicité aquatique moindre que les pétrochimiques, indique-t-il. « Mais l’origine ne garantit pas la sécurité« . À ce titre, voici quelques repères à garder à l’esprit :

  • Le cocoamidopropyl betaïne, dérivé du coco et très fréquent dans les produits dits naturels, est l’un des principaux allergènes de contact identifiés au cours de la dernière décennie par le SCCS.
  • Les huiles essentielles contiennent des terpénoïdes qui peuvent s’oxyder au contact de l’air et générer des allergènes secondaires.
  • Origine végétale n’élimine pas le risque de contaminants issus du procédé de synthèse, comme le 1,4-dioxane dans les tensioactifs éthoxylés.

« La conclusion est que l’origine n’est pas un indicateur fiable de sécurité », résume l’expert. « Ce qui est fiable, dans la mesure du possible, est la certification Ecolabel UE ou équivalent, indépendamment du fait que les ingrédients soient végétaux ou synthétiques», souligne le docteur Céspedes.

Conseils pratiques pour réduire l’exposition

Concernant la réduction de l’exposition, cet expert précise que « il ne s’agit pas d’entrer dans la panique ni de nettoyer uniquement avec de l’eau et du vinaigre », mais de adopter des choix éclairés qui réduisent l’exposition cumulée, en particulier pour les groupes les plus vulnérables. Voici quelques recommandations pour diminuer les risques :

  • Ventilez toujours pendant et après le ménage. La ventilation est la mesure ayant le plus d’impact sur l’exposition aux composés organiques volatils (COV).
  • Évitez les formats en spray autant que possible. Ils génèrent des aérosols avec une biodisponibilité pulmonaire plus élevée. Préférez les liquides appliqués avec un chiffon.
  • Portez des gants si vous nettoyez fréquemment. Ils réduisent l’absorption cutanée des conservateurs et des biocides.
  • Recherchez l’Ecolabel Européen ou une certification équivalente. C’est le signe le plus fiable que le produit a dépassé des critères toxicologiques vérifiables.
  • Méfiance vis-à-vis des étiquettes marketing sans certification. Des messages comme naturel, biodégradable ou sans parabènes sans sceau indépendant ne garantissent rien.
  • Pour se laver les mains, le savon ordinaire suffit. L’utilisation chronique de savons antibactériens ne réduit pas davantage les infections chez les personnes en bonne santé et contribue aux résistances antimicrobiennes.

Qui doit particulièrement faire preuve de prudence ?

Les groupes démographiques pour lesquels ces recommandations sont bien plus que facultatives, selon David Céspedes, sont :

  • Femmes enceintes : le passage transplacentaire des perturbateurs endocriniens est documenté.
  • Lactants : les muscs synthétiques et d’autres composés s’accumulent dans le lait maternel.
  • Jeunes enfants : une plus grande surface corporelle relative et des comportements main-bouche augmentent l’exposition réelle.
  • Personnes qui font le ménage à titre professionnel : l’exposition chronique à haute intensité est celle qui s’associe le plus clairement à des dommages pulmonaires dans les études de cohorte.

En conclusion, les ingrédients des produits de nettoyage domestiques ne sont pas inoffensifs simplement parce qu’ils sont approuvés. Les preuves concernant les effets respiratoires chroniques, les perturbateurs endocriniens et les allergènes de contact justificent une sélection éclairée, d’où l’importance de savoir interpréter l’information figurant sur les étiquettes afin de prendre des décisions bien informées.

À propos de l'auteur

Dr Jean-Pascal Del Bano

Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.

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