Jʼai arrêté la cocaïne à 38 ans: ce que personne ne mʼavait raconté

J’avais 38 ans quand j’ai décidé d’appuyer sur pause. Je ne savais pas que ce geste, minuscule en apparence, allait bousculer chaque repli de ma vie. On m’avait prévenu du manque, du sommeil cassé, des nerfs à vif. Personne ne m’avait parlé de la pudeur, des matins neufs, des amitiés en papier, ni de la honte qui se lave en plusieurs eaux.
Le premier matin sans poudre
Le premier matin a eu une odeur de métal. Ma bouche était sèche, mon cœur tapait comme un marteau sur tôle. J’ai ouvert la fenêtre, j’ai fermé mon téléphone. “Tu peux tenir cinq minutes”, je me suis dit. Puis dix. Puis une heure. Rien d’héroïque, juste un compte à rebours à l’envers, répété toute la journée.
Je croyais que le plus dur, c’était la nuit. En fait, c’était l’après-midi, quand le soleil tire et que l’habitude chuchote “tu connais la porte”. La tentation n’était pas un cri, c’était un murmure patient, poli, presque tendre.
Le corps qui parle enfin
Mon corps avait des notes de service en retard. Sueurs, frissons, appétit en vrac, palpitations qui cognent sans rythme. Et cette fatigue sans fond, ce plomb dans les os. On parle peu de la tristesse plate, l’ennui sans goût, l’impression d’avoir retiré la couleur au monde.
Puis, lentement, des micro-signes de réparation. Je sentais mes épaules se déplier, mon sommeil se poser, mon nez arrêter de brûler. “Ton cœur n’est pas ton ennemi”, m’a dit une infirmière. J’ai écrit ça sur un post-it, collé au miroir du matin.
Les trous dans l’agenda social
Le plus surprenant? Le silence autour de moi. Certains amis ont disparu, comme si j’avais changé de langue. D’autres ont voulu me “tester”, me dire “une petite ligne, pour la route”. J’ai appris à dire non sans expliquer, à refuser sans drame.
Les soirées ont changé de goût. J’ai choisi des cafés plus doux, des sorties plus courtes, des gens qui posent des questions et acceptent des réponses honnêtes. “Ce soir je rentre tôt”, est devenu ma porte de sortie préférée.
L’argent, la honte, la réparation
Arrêter, c’est aussi regarder les chiffres. J’ai mis bout à bout des billets fantômes, un budget avalé par une ombre exigeante. J’ai payé des dettes, j’ai appelé des banques, j’ai fait la paix avec mon compte comme avec un parent lunaire.
La honte, elle, ne se paie pas en espèces. Elle se parle, se traverse, se vide en mots. “Ce que tu fais maintenant compte plus que ce que tu as fait”, m’a soufflé un ami. Je l’ai cru à moitié, puis un peu plus.
Ce qui aide vraiment
J’aurais aimé qu’on me dise que l’aide n’a pas besoin d’être spectaculaire. Les petites choses, répétées, finissent par gagner.
- Un rituel simple de matin: eau, lumière, trois respirations
- Un carnet où noter les envies et ce qui les déclenche
- Un message à quelqu’un qui comprend, même deux lignes
- Un corps qui bouge, même vingt minutes de marche
- Un repas entier, pas seulement du sucré
- Un “non” prêt dans la poche, répété à voix basse
Redécouvrir le plaisir sans artifices
On ne m’avait pas dit que le plaisir allait mettre du temps. Au début, une musique sans sel, des films sans trame, des baisers un peu flous. Puis un matin, le café a eu un vrai goût. Un soir, un fou rire a cligné de l’œil. Les choses ordinaires se sont rallumées, pas d’un coup, mais par étincelles.
J’ai appris à séparer le désir de l’urgence, l’envie de la fuite. “Tu peux vouloir sans prendre”, me répétais-je comme une louange. Et parfois, ne pas vouloir, juste être.
Tenir quand ça tangue
Les rechutes ne sont pas des légendes. Elles sont des routes secondaires, parfois très bien balisées. Si ça te tombe dessus, appelle un humain, renverse la table, recommence le lendemain. Ne fais pas la comptabilité de la honte, fais la vaisselle et bois un verre d’eau.
J’ai 38 ans plus quelques jours, et une marge de manœuvre retrouvée. “Rester clean”, c’est trop grand pour moi. Alors je fais des jours simples et des promesses courtes. Je garde dans ma poche une phrase qui m’aide: “Aujourd’hui, je me donne une chance.” Et le soir, je me dis merci, même quand la journée a râpé un peu de ma peau.
Si tu lis ces lignes, peut-être que quelque chose en toi hésite. Tu n’as pas besoin d’être prêt, juste d’être un peu curieux de ce qui se passe si tu essaies. La porte n’est pas loin, et personne ne sait mieux que toi comment la pousser. “Cinq minutes”, c’est un bon début. Le reste viendra en marchant.
À propos de l'auteur
Dr Jean-Pascal Del Bano
Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.
