Esther Boada, psychologue : il ne faut pas revenir de vacances avec les batteries chargées, le repos doit aussi faire partie de la routine

Plusieurs jours se sont écoulés depuis que vous avez repris le travail. Et pourtant, retrouver le rythme reste difficile. Officiellement, on est revenu à la routine, mais le corps ne s’en est pas encore rendu compte. Comme l’explique à CuídatePlus Esther Boada, psychologue et directrice du centre Sukha, « pendant les vacances, on n’arrête pas seulement de travailler, on change aussi nos horaires et nos exigences ».
De cette manière, le retour implique de passer d’une situation de plus grande liberté à une autre où réapparaissent les horaires, les responsabilités, les courriels, les décisions et les tâches en suspens. « Notre cerveau a besoin de quelques jours pour se réajuster. Vouloir reprendre dès le premier jour avec le même niveau de concentration, de productivité et d’énergie que nous avions avant les vacances peut générer encore plus de frustration », avertit l’experte.
Et c’est dans ce contexte que peut apparaître le fameux « syndrome postvacances ». Cela dit, la première chose que Boada précise est que, même si ce terme est utilisé, « nous ne sommes pas face à un trouble psychologique en tant que tel, mais généralement à un processus d’adaptation ». Dans ce sens, elle pointe quelques symptômes qui peuvent survenir durant les premiers jours :
- Apathie.
- Fatigue.
- Irritabilité.
- Certaine tristesse.
- Difficultés de concentration.
- Troubles du sommeil.
- Sensation d’être dépassé par des tâches qui autrefois se faisaient normalement.
« Il est habituel que ce malaise soit transitoire et diminue au fur et à mesure que nous retrouvons nos horaires et nos routines, généralement en quelques jours ou, dans certains cas, durant les premières semaines », ajoute la psychologue.
Quand faut-il s’inquiéter ?
Boada précise qu’il est important d’observer non seulement combien dure le malaise, mais aussi ce qu’il essaie de nous dire. « Si les semaines passent et que nous ressentons toujours une angoisse intense à l’idée de travailler, peut-être ne devrions-nous pas l’attribuer uniquement au retour des vacances », souligne-t-elle.
À ce stade, poursuit-elle, « les vacances ne font que mettre en évidence quelque chose qui était déjà là » :
- Un niveau de stress trop élevé.
- Épuisement.
- Insatisfaction professionnelle.
- Difficultés dans l’environnement de travail.
- Un burn-out possible.
Boada souligne qu’il est utile de consulter un professionnel lorsque le malaise se maintient dans le temps, s’accentue plutôt que de diminuer ou commence à affecter significativement d’autres domaines de notre vie. Par ailleurs, il est important de consulter lorsque apparaissent des symptômes de anxiété ou dépression intenses, de graves troubles du sommeil, isolement, sentiment d’incapacité à affronter le quotidien ou des symptômes physiques récurrents liés au travail.
« Il n’est pas nécessaire d’attendre d’être complètement débordé pour demander de l’aide. Parfois, agir plus tôt permet de comprendre ce qui se passe et d’éviter qu’une situation de stress prolongé ne se transforme en un problème plus grave », rappelle la psychologue consultée.
Ce qu’il faut faire pour que le retour soit plus supportable
(Photo : Magnific)
Dans la mesure du possible, Boada recommande de laisser un ou deux jours entre le retour des vacances et la reprise du travail : « Cette petite marge nous permet de réajuster les horaires et les routines sans passer directement du repos à l’exigence ».
Pendant les premiers jours, il convient également de privilégier plutôt que d’essayer de tout résoudre d’un coup. La psychologue conseille d’organiser les tâches selon leur urgence, de fixer des objectifs réalistes et d’admettre qu’il faut quelques jours pour retrouver notre rythme habituel.
« Il est aussi important de rétablir progressivement les horaires de sommeil, de maintenir une activité physique, de respecter les pauses et conserver de petits espaces agréables après le travail. Reprendre le travail ne devrait pas signifier que tout ce qui nous faisait du bien pendant les vacances disparaisse brusquement », déclare-t-elle.
Et surtout, éviter une idée très répandue : « Je dois revenir les batteries rechargées ». Selon l’experte, les vacances ne sont pas une batterie qui nous permettrait de supporter n’importe quel niveau d’exigence pendant les mois qui suivent. « Le repos, les loisirs et le soin de soi doivent aussi faire partie de notre vie quotidienne », conclut-elle.
À propos de l'auteur
Dr Jean-Pascal Del Bano
Médecin spécialiste en biologie clinique, cofondateur du groupe Le Guide Santé, le Dr Jean-Pascal Del Bano est le directeur de la rédaction du site Le Guide Santé. Après un parcours dans divers domaines complémentaires de la santé (laboratoire de biologie médicale, direction médicale de cliniques, centre de rééducation cardiaque), il a acquis une très bonne connaissance du monde de la santé et notamment du secteur hospitalier. Le Dr Del Bano a également été médecin responsable du traitement de données de plusieurs palmarès des hôpitaux édités dans la presse écrite et numérique.
