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Traitement anticholinergique et risque de démence

La démence est une cause majeure de handicap et de mortalité. Les anticholinergiques ont un retentissement cognitif et des recommandations (National Institute for Health and Care Excellence ; NICE guideline CG171. 2015) conseillent de les éviter chez les sujets âgés les plus fragiles.


L’objectif de cette étude cas-témoin britannique a été de tenter d’estimer le degré d’association entre la consommation chronique de médicaments anticholinergiques et l’incidence d’une démence.

Les cas étaient des patients âgés de 65 à 99 ans, sélectionnés à partir du Clinical Practice Research Datalink (CRPD), un registre de patients. Ils devaient présenter un diagnostic de démence en l’absence d’une autre pathologie du motoneurone, de séropositivité au VIH ou de Sida, de sclérose en plaques, de syndrome de Down ou d’un mésusage d’alcool avant le diagnostic de démence (critères d’exclusion). Les témoins (sept sujets par cas) ont été appariés aux cas selon l’âge, le sexe, et le Deprivation Multiple Index. Pour chaque couple cas-témoin, la période d’exposition au traitement devait être identique. L’effet anticholinergique du traitement a été évalué à l’aide de l’échelle Anticholinergic Cognitive Burden (ACB ; score 1 : effet anticholinergique possible ; scores 2 et 3 : effet anticholinergique certain ; score 3 : effet anticholinergique avec manifestation clinique à type de délire).


La prise d’anticholinergiques actifs est apparue systématiquement corrélée au risque de démence

40 770 cas et 283 966 cas témoins ont ainsi été analysés. L’âge médian a été de 83 ans (intervalle interquartile : 78-87), 63 % d’entre eux étaient des femmes. La durée d’exposition médiane au traitement a été de 7,1 ans (4,0-11,3). Un total de 1 793 505 prescriptions de médicaments avec un score ACB à 3 ont été prescrites durant la période d’exposition au traitement.

Une association positive significative entre la prescription de n’importe quel traitement anticholinergique, quel que soit son score ACB (excepté 0) et le risque de démence a été observé (ACB à 1 : odds ratio [OR] = 1,10 ; intervalle de confiance à 95 % [IC] = 1,06-1,15. ACB à 2 : OR = 1,10 ; IC = 1,03-1,16. ACB à 3 : OR = 1,11 ; IC = 1,08-1,14). Un effet dose-réponse est apparu patent pour les doses thérapeutiques prescrites avec un score ACB à 2 ou à 3.

Concernant l’exposition en fonction de la classe médicamenteuse, une association significative a été trouvée entre le risque de démence et la prescription d’antidépresseurs, d’antiparkinsoniens ou de traitements à visée urologique ayant un score ACB à 3.

En fonction du temps d’exposition (4 à 10 ans, 10 à 15 ans et 15 à 20 ans), l’association est toujours restée significative concernant les traitements avec un score ACB à 3 tout au long de la période d’exposition au traitement.


Le risque cognitif des anticholinergiques ne doit pas être méconnu des prescripteurs

Les antidépresseurs (amytriptyline, dulosépine et paroxétine) et les traitements à visée urologique (oxybutinine et toltérodine) avec un score ACB à 3 sont apparus associés de façon robuste à une augmentation du risque de démence. Ces associations ont même été observées pour des périodes d’exposition datant de 15 à 20 ans avant le diagnostic de démence.

Les cliniciens doivent certainement rester vigilants en cas de prescription d’anticholinergiques, en prenant notamment en compte le risque cognitif à long terme de ces classes médicamenteuses.


Dr Marjolaine BAUDE
http://www.mediamed.org


Source :
Richardson K, et al. Anticholinergic drugs and risk of dementia: case-control study,. BMJ 2018;360:k1315.


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