Médicaments sur Internet : service pratique ou attractif ?

Depuis l’ascension d’Internet dans les foyers et tous les secteurs de l’économie, il en est un qui se faisait attendre : la pharmacie ou plus exactement la vente de médicaments sur Internet. Véritable service ? Poudre aux yeux servant de publicité détournée ? Une chose est sûre, l’arrêté entré en vigueur le 12 juillet 2013 encadrant la vente de médicaments sans ordonnance sur Internet a été accueilli sans faire de vague.

Nombreux pharmaciens veulent développer leur officine, autant au comptoir que sur la toile, et la vente sur Internet méritait bien un cadre plus respectueux et libre pour les « vrais » professionnels de santé, notamment pour permettre de contrer la vente de médicaments contrefaits ou falsifiés et la vente illégale réalisée par de nombreuses plateformes Internet. Mais le baromètre général sur ce changement n’aurait cependant pas encore fait sa révolution.

Vente en ligne de médicaments : bilan mitigé ou premiers pas ?

La vente de certains produits de parapharmacie, de cosmétique et de bien-être sur Internet était bien présente depuis quelques années. A ce tableau, un grand nombre d’entrepreneurs associés à des professionnels de santé voulaient aussi se positionner sur le marché.

Après quelques pas en avant et en arrière par les pouvoirs décisionnels, les pharmaciens de France peuvent désormais vendre en ligne plusieurs centaines de médicaments sans ordonnance, dont le texte qui en découle émane de l’obligation faite par l’Union européenne (U.E.) à la France « de transposer d’ici le 2 janvier 2013 une directive européenne sur la vente de médicaments sur internet. ».

Ainsi « depuis le 2 janvier 2013, les pharmaciens établis en France, titulaires d’une pharmacie d’officine ou gérants d’une pharmacie mutualiste ou d’une pharmacie de secours minière, peuvent vendre des médicaments sur Internet. Cette pratique est encadrée par le code de la santé publique (articles L. 5125-33 et suivants, et R. 5125-70 et suivants). Les bonnes pratiques de dispensation des médicaments par voie électronique sont définies en annexe de l’arrêté du 20 juin 2013, paru au journal officiel du 23 juin 2013, qui entre en vigueur le 12 juillet 2013. ».

Si certaines pharmacies qui se sont « lancées » sur Internet et semblent actuellement en voie de développement, d’autres peine à s’installer et à se positionner en tête de file. Car ne l’oublions pas, vendre sur Internet, c’est bien permettre à son officine virtuelle une présence sur les moteurs de recherche (avoir un bon référencement). Mais cet enjeu de taille nécessite en interne une véritable équipe et des moyens que tous les pharmaciens ne peuvent pas s’offrir. L’autre levier est l’offre en terme de prix, car comme le rapporte Le Parisien d'une annonce publiée sur Le Particulier, « l'association de consommateurs Familles rurales, qui publie depuis 2010 un observatoire des prix de 14 médicaments, cette année encore, les variations vont du simple au triple en fonction des pharmacies. Si en moyenne, les prix n'ont quasiment pas évolué en trois ans, l'arrivée de la vente des médicaments sur internet n'a pas eu un effet bénéfique sur la concurrence. ».

Pharmacie et e-commerce : 66% des Français favorables à la vente en ligne de produits de santé

Plébiscité par de nombreux internautes Français, selon un sondage indépendant, les Français sont majoritairement favorables (66%) à la vente en ligne de produits de santé. « Réalisé par le portail 1001Pharmacies.com, le sondage révèle que les Français privilégient l'achat de médicaments sans ordonnance via internet (61%), avant les produits de parapharmacies (34%). ».

La vente en ligne de médicaments en France semble donc encore à ses "balbutiements" (à l'inverse d'autres secteurs arrivés à maturité comme le soulignait Le Monde en septembre 2013), mais méritait surtout un encadrement plus clair, tout en permettant de commencer à « nettoyer » le paysage des fausses pharmacies et parapharmacies. Une chose est certaine, changer les habitudes des consommateurs n’est pas une mince affaire. Comme le montre d’autres secteurs, par exemple avec les e-caves à vin, même les « géants se brisent les reins », puisque le site 1855.com est aujourd’hui placé en redressement.

Les raisons d’un échec dans le secteur de l’e-commerce sont nombreuses, ne serait-ce que par le réflexe que chaque consommateur a, en allant « surfer » : trouver la meilleure affaire, au meilleur prix et aux meilleures conditions ; ce que les entrepreneurs ne pourront pas toujours assurer s’ils veulent en vivre et avoir un retour sur investissement. Cependant, chaque secteur ne peut s’attacher à tous les paramètres de l’e-commerce, et il semble que c’est aussi à l’e-commerce de s’adapter. La pharmacie sur internet n’est pas qu’un moyen de « gratter » des centimes sur son ordonnance, et l’e-commerce est pour plusieurs pharmaciens un moyen d’exister sur Internet, faire connaître son officine sans faire de publicité au sens stricte du terme et offrir des (vrais) services aux clients et patients.

Comparer les tarifs en courant plusieurs pharmacies de sa ville pour acheter une boîte de Paracétamol, d'Aspirine ou de préservatifs n’est pas de coutume pour le plus grand nombre, à l’inverse d’autres produits de consommation courante. La pharmacie sur Internet est donc avant tout un moyen de moderniser les officines, qui accueillent aussi de plus en plus de jeunes professionnels et clients-patients tous connectés à Internet. Cette « anticipation » serait aussi un moyen de préparer l’avenir, puisque les objets connectés et les applications en santé semblent être pour un futur proche – comme avec Google Glass par exemple.

Enfin, même si un semestre après la loi autorisant la vente de médicaments sans ordonnance sur Internet par les pharmaciens semble être un "flop" au niveau baisse des tarifs, les plateformes développées ou prochainement en ligne axent essentiellement leur potentiel sur les services - et vont sans doute encore transformer l'achat de médicaments sur Internet. Comme par exemple palier les déserts médicaux, l’impossibilité de se déplacer, la préparation de commande avant le retrait en officine ou la confidentialité – et des services sans doute porteurs et encore à l’état de projet pour les e-pharmacies Françaises comme le service Pillpack, une vision très « astucieuse » de l’offre de pharmacie sur Internet, un concept initié par une pharmacie d’outre-Atlantique.

Pour ce qui est des tarifs et trouver des « affaires », il s’agira surtout de s’orienter sur les produits de bien-être ou de cosmétique, puisque les médicaments sans ordonnance à prix discount ça ne semble pas encore pour aujourd’hui.

Sources

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