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Traitement du cancer : attention aux petits plus...

Homéopathie, acupuncture, massages, phytothérapie, compléments vitaminiques, spiritualité, sport... si certains de ces remèdes considérés par les patients comme de petits plus apportent un coup de pouce aux traitements conventionnels, d'autres en altèrent l'efficacité. Ce thème a été largement débattu lors du congrès Eurocancer, le mois dernier à Paris.

Six patients cancéreux sur dix recourent à des médecines complémentaires, selon une étude multicentrique, menée début 2010 auprès de 844 personnes. Près de la moitié de ces patients n'en informent pas leur médecin, a rapporté Johanna Wasserman, interne d'oncologie médicale à Paris, durant cette session.

Le plus souvent, les patients choisissent l'homéopathie (33%), les acides gras oméga-3 (28%), les probiotiques (23%), les régimes alimentaires alternatifs (22%), la consommation de vitamine C (23%) ou de thé vert (20%), ou le sport (20%).

Ce recours s'explique par leur envie "d'améliorer leur qualité de vie", de "détoxifier leur organisme des molécules de la chimiothérapie", de "stimuler leur immunité", ou même de donner un petit coup de pouce à leur traitement antitumoral conventionnel, souligne Jérôme Barrière, interne d'oncologie médicale au Centre Antoine-Lacassagne à Nice.

Certains compléments n'ont pas été associés à des effets délétères, comme l'homéopathie, la consommation de jus de canneberge pour la prévention des cystites récidivantes, ou celle de chou palmiste nain dans le traitement de l'hypertrophie bénigne de la prostate.

En revanche, la petite cure de millepertuis contre un coup de déprime n'est pas forcément anodine. Plusieurs composés actifs de ce complément, réputé pour son action sur la dépression mineure à modérée, diminuent en effet la concentration dans le sang de certaines molécules antitumorales.

De la même façon, le chardon Marie, autre plante utilisée comme détoxifiant hépatique, peut altérer l'effet d'autres médicaments anticancéreux. Et dans ce domaine, le thé vert, auquel on prête des vertus anticancéreuses, contient des catéchines qui inhibent en réalité l'efficacité d'une autre substance antitumorale.

Un simple jus de pamplemousse peut également compromettre l'action de plein d'autres médicaments. Un effet potentiellement inhibiteur a aussi été rapporté pour "l'ail, le Ginkgo biloba, le kava, l'Echinacea purpurea, etc.", détaille Jérôme Barrière.

"Le problème, c'est que l'oncologue risque de conclure, éventuellement à tort, à l'inefficacité du traitement anticancéreux", prévient-il. "Il y a un message fort à faire passer aux patients: ce n'est pas parce que ce sont de plantes que c'est inoffensif", renchérit le Dr Olivier Mir, de l'hôpital Cochin à Paris.

Selon certaines études, des compléments comme les antioxydants, les vitamines A, C, E, B12 et le béta-carotène posséderaient même un effet protumoral ou diminueraient l'efficacité de la radiothérapie et de la chimiothérapie, en diminuant les radicaux libres, évoque encore Jérôme Barrière.

Et l'acupuncture n'est pas indiquée chez les patients dont le taux de plaquettes sanguines est diminué (thrombopénie) par un traitement, en raison d'un risque d'hématomes. De même, mieux vaut éviter les massages profonds pour les patients thrombopéniques ou sous anticoagulants.

Pour autant, il ne s'agit pas de balayer d'un revers de la main le recours aux compléments. Une position trop dogmatique, qui consisterait à déconseiller formellement toute utilisation de traitements complémentaires risquerait "purement et simplement d'altérer la relation de confiance entre le patient et son oncologue", nuance Jérôme Barrière.

 

© APM-Santé - PARIS, le 5 juillet 2010


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