Libido du senior :

comment l'augmenter ?

Avec l’âge, la fréquence des troubles de l’érection augmente. Il est donc crucial pour les seniors d’en parler et de les prendre en charge. Nous vous livrons les précieux conseils  du Docteur François-Xavier Madec, chirurgien Urologue, Andrologue et Sexologue à l’hôpital Foch.

Pourquoi les troubles de l’érection augmentent-ils avec l’âge ?

La dysfonction érectile est un signe (symptôme) et non pas une maladie à part entière. Elle est due à de multiples facteurs. Les premiers sont d’ordre organique, liés à une maladie comme le diabète, à des pathologies cardio-vasculaires, à la baisse de la testostérone, aux cancers pelviens, aux effets secondaires de médicaments… Ensuite, des facteurs psychologiques interviennent comme les troubles de l’humeur, du sommeil, l’anxiété, la dépression. Les facteurs sociaux peuvent aussi interférer tels que le stress, le décès d’un proche, parfois de la compagne. Enfin, les facteurs relationnels comme les difficultés de santé liées à la partenaire ou au réaménagement de systèmes familiaux (séparation, nouvelle compagne…) peuvent complexifier la situation. 

La sexualité est-elle au centre des préoccupations des seniors ? 

Les trois grandes fonctions de la sexualité sont la reproduction, le plaisir, et le lien avec la partenaire. Ce sont surtout ces deux dernières qui sont recherchées par les seniors. Il est donc normal et bénéfique que la sexualité perdure avec l’âge. Différentes études le confirment. Elles montrent que 40 % des hommes et 15 % des femmes de 75 à 85 ans ont déclaré avoir eu au moins un rapport sexuel dans les 12 derniers mois. Pour ceux conservant une sexualité, 50 % des hommes et des femmes de 75 à 85 ans ont eu deux à trois rapports sexuels par mois. Cette activité sexuelle était considérée par ces personnes comme importante pour la qualité de vie globale et comme un facteur de bonne entente relationnelle. 

Néanmoins, la sexualité évolue avec l’âge, plus centrée sur la satisfaction conjugale et moins sur la performance. Elle se déroule le plus souvent au domicile, au lit, le matin avec un peu moins de « fantaisies » et une spécification des rôles sexuels moins franche. Dommage que dans nos sociétés occidentales, la sexualité de l’homme âgé soit toujours un sujet tabou. 

Quelles recommandations pourriez-vous donner aux séniors ?

Le meilleur conseil est de s’exercer. La sexualité n’est pas innée. Face aux vieillissement du corps, les seniors doivent se la réapproprier, l’adapter et la modifier avec leur partenaire. Il faut se laisser le droit à l’erreur et ne pas abandonner trop rapidement.

Une bonne hygiène de vie est nécessaire : manger sainement, bien dormir et pratiquer une activité physique. 

Parallèlement, les seniors doivent chercher à renforcer la cohésion dans leur couple : en étant familier et en accord avec leurs changements corporels, en s’appuyant sur leur vécu (connaissance du partenaire, histoire antérieure), en stimulant leur imaginaire sexuel et leurs envies sexuelles, en continuant à séduire même au-delà de l’apparence et en renforçant leur sentiment d’être désirable.

En outre, au redémarrage d’une sexualité après une interruption, mieux vaut se donner un temps de calage. Il est normal d’avoir quelques échecs. Il faut se montrer bienveillant à son égard et se positionner dans une sexualité moins génitale. 

Quels traitements existent ? 

Longtemps considérés comme seuls facteurs responsables des troubles de la sexualité de l’homme, la testostérone et ses dérivés (DHEA) ont perdu en popularité.  Un traitement substitutif n’est bénéfique que dans la situation du syndrome de déficit androgénique lié à l’âge, associant signes cliniques évocateurs et taux faible de testostérone dans le sang, confirmé par plusieurs dosages.

L’objectif actuel est plutôt de traiter les symptômes. Et pour cela, plusieurs traitements des troubles de l’érection existent : des comprimés (Viagra, Cialis…), du gel à introduire dans l’urètre, des piqûres à effectuer dans le pénis et des dispositifs médicaux (vacuum) qui permettent d’améliorer la qualité des érections. Si les troubles de l’érection persistent, il reste une option tout à fait satisfaisante, pour laquelle il n’y a aucune limite d’âge : l’implant pénien, un dispositif mécanique qui assure une rigidité et une durée de l’érection suffisante pour tous les rapports sexuels. 

Une prise en charge sexo-corporelle avec la partenaire peut également aider. En effet des conseils pour un démarrage doux de la sexualité, l’utilisation du « je » émotionnel, la mise au point de tentative de rapprochement avec sa compagne (même « officielle »), ainsi que tenir compte de ses réactions physiologiques et en informer l’autre améliorent les choses. Les reproches doivent, bien évidemment, être évités. Ces thérapeutiques comprennent différentes étapes qui peuvent utiliser le « sensate focus », avec sur des périodes de quinze jours, des exercices progressifs commençant par des caresses, puis des activités masturbatoires et enfin, des activités sexuelles afin de reprendre confiance en soi et mieux gérer son anxiété. 


La sexualité est un aspect central de l’être humain, mais il s’agit d’un processus continu qui nécessite un apprentissage permanent. La personne âgée doit s’exercer et adapter sa sexualité au vieillissement de son corps. Cela lui permettra d’avoir une sexualité satisfaisante et épanouie, avec l’aide éventuelle de traitements. La sexualité ne s’use que si l’on n’en use pas... 

Christine COLMONT






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