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Désert obstétrical pour 600 000 femmes en âge de procréer ?

Une étude de la DREES publiée jeudi 24 janvier 2019 indique que 167 000 femmes en âge de procréer vivent dans une commune où il n’y a pas assez de sages-femmes et éloignée d’une maternité.
Cette proportion s’élève à 5,4 %, soit autour de 600 000 femmes en retenant un seuil de 30 minutes !
La notion de « désert obstétrical » voit le jour et fait le tour de la toile.

Ces femmes « résident dans une commune sous-dense en sages-femmes » et située « à 45 minutes ou plus de la maternité la plus proche », rapporte l’étude.
En considérant comme éloignées d’une maternité les personnes habitant à 45 minutes ou plus de la maternité la plus proche, 1,5 % de la population rencontre ces deux difficultés, soit 968 000 personnes (dont 167 000 femmes en âge de procréer) ; cette proportion s’élève à 5,4 % en retenant le seuil de 30 minutes de trajet indique l’étude de la DREES [1].


D’après la DREES, près de 8,3 millions de personnes (dont 1,6 million de femmes âgées de 15 à 49 ans) résident dans l’une des 13 000 communes environ, sous-denses en sages-femmes.
Le cumul concerne majoritairement les communes hors aire urbaine, qui rassemblent, à elles seules, 55 % des personnes rencontrant une faible accessibilité aux sages-femmes et un éloignement des maternités.
En considérant ce seuil de 30 minutes, le champ des communes présentant cette double difficulté s’élargit aux communes rurales de la couronne des grands pôles, qui rassemblent 18,7 % de la population avec une faible accessibilité aux sages-femmes et aux maternités (35,7 % pour les communes hors aire urbaine).

Les maternités sont des établissements de santé qui assurent le suivi de la grossesse, de l'accouchement et des suites de couches des parturientes.
En France, elles sont classées en trois niveaux selon le degré d’équipements et d’installations.
Depuis quarante ans, deux tiers des maternités ont fermé en France. Entre 1996 et 2016, le nombre de maternités a diminué de près de 40 % passant de plus de 800 établissements à moins de 500.
Elles sont nombreuses à disparaître pour des questions de sécurité et de rentabilité évoquées par les pouvoirs publics, même si, depuis une dizaine d’années, les projets de fermetures des maternités suscitent un grand émoi et une forte mobilisation dans la plupart des villes concernées.

Le plan gouvernemental « Ma santé 2022 » confirme-t-il la stratégie « sécurité contre proximité » ?

Un des principaux arguments récurrents pour justifier la fermeture des petites maternités (type 1) est la « non sécurité » des soins en deçà du seuil de 300 accouchements par an, seuil fixé par décret en 1998 et basé sur le principe selon lequel un professionnel qui pratique peu perd la main.
En d’autres termes, une activité trop faible ne permet pas aux équipes la pratique nécessaire à la garantie de la sécurité des soins.
Toutefois, ce seuil ne s’appuie formellement sur aucune donnée de la littérature scientifique.
Et au delà de ce seuil minimal, les petites maternités ferment au motif qu’elles n’offrent pas les conditions de sécurité afin de prévenir le risque obstétrical. Avec pour risque de perdre en proximité et en humanité. Dans le domaine de l'obstétrique, ce n'est ni la taille de l'établissement ni le nombre d'accouchements pratiqués qui font la performance, mais la prise en charge globale, et ce notamment pour les maternités de niveau 1. Ainsi, dans le palmarès co-édité Le Figaro et Le Guide Santé en 2011, six parmi les vingt meilleures maternité de niveau 1 donnaient le jour à moins d'un millier de bébés par an [2].

En outre, même si le délai pour atteindre une maternité est resté stable comme l’indique un rapport de la DREES de 2012, le temps de transport pour venir accoucher est inférieur à quinze minutes du lieu de résidence pour 44 % des accouchements et inférieur à trente minutes pour 77 % d'entre eux [3]. Quid pour les 23 % des parturientes ayant un temps de trajet supérieur à 30 minutes voire à 45 minutes ?

Enfin, il y a lieu de se poser la question : la cause de fermeture de certaines maternités est-elle réellement la sécurité des soins ou n’est-ce pas l’économie qui a primé sur les raisons médicales ?
A cet effet, un rapport de la Cour des Comptes de décembre 2014 met en avant « le sous-financement structurel des maternités, qui ne peuvent trouver un équilibre qu'à partir de 1 100 à 1 200 accouchements par an »...

Quelles solutions pour lutter contre ces déserts obstétricaux ? Comment sauver les maternités de proximité ?

Faciliter l’accouchement à domicile ou dans les maisons de naissance sans médecin ni bloc ne semblent pas être les solutions idéales sur le plan médical. De plus, pourquoi imposer de tels choix à une population déjà souvent doublement pénalisée par un territoire sous-équipé en structures de santé et/ou en cabinets médicaux et paramédicaux ?

Une solution pourrait être d’inciter les jeunes obstétriciens et pédiatres à s’installer et à mettre en oeuvre des conventions de coopération entre établissements de santé afin qu’ils puissent exercer dans deux maternités et acquérir plus de pratique.

Quelle est la réponse de la Ministre de la Santé ?

La Ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, invitée sur Franceinfo, est revenue sur la décision de transformer certaines maternités en centre de périnatalité : « Cela veut dire que les femmes vont simplement aller accoucher ailleurs, mais que tout le suivi se fait dans la maternité. Elles reviennent après leur accouchement pour prendre soin du bébé et se rapprocher de leur famille… On ne va pas laisser les femmes seules avec leur inquiétude de devoir faire 30 ou 40 kilomètres pour accoucher. » a déclaré la Ministre.

Comme l’écrit le site magicmaman.com « Sur la question épineuse de la fermeture des maternités, la Ministre a déclaré qu’il s’agissait toujours de décisions justifiées. "C’est toujours pour des raisons de santé qu’il y a des transformations, soit parce qu’il n’y a pas assez d’obstétriciens, soit parce qu’il n’y a pas assez de pédiatres…" a expliqué Agnès Buzyn qui assure que le problème n’est pas financier. " En aucun cas, ces transformations ne sont faites pour des raisons budgétaires. C'est toujours lié à des problèmes de sécurité pour l'accouchement des femmes. C'est le seul critère." » [4]

Il reste à notre Ministre de convaincre la population des futurs déserts obstétricaux d’accepter ces fermetures…

Dr Jean-Pascal DEL BANO
https://www.le-guide-sante.org

Sources :

1. Legendre B, Aberki C, Chaput H, Gateaud G. Infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes et sages-femmes : l’accessibilité s’améliore malgré des inégalités. Études & Résultats - Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques. Janvier 2019:1100. https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/er_1100.pdf

2. Le palmarès des maternités. Le Figaro Santé. 13-12/10/2011. http://sante.lefigaro.fr/actualite/2011/10/12/9959-palmares-maternites

3. Les maternités : un temps d’accès stable malgré les fermetures. Ministère des Solidarités et de la santé. 10/10/2012. https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/etudes-et-statistiques/publications/etudes-et-resultats/article/les-maternites-un-temps-d-acces-stable-malgre-les-fermetures

4. Chacun A, Chassang Filipe M. Agnès Buzyn souhaite transformer certaines maternités en centre de périnatalité. Magicmaman. 22/01/2019. https://www.magicmaman.com/agnes-buzyn-souhaite-transformer-certaines-maternites-en-centre-de-perinatalite,3616259.asp


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