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Procréation médicalement assistée et divorce : le risque augmente t-il vraiment ?

L’assistance médicale à la procréation (AMP) regroupe l’ensemble des techniques impliquant la manipulation d’au moins l’un des deux gamètes à des fins de reproduction.

 assistance médicalement assistée et divorce

En 2010, 22 401 enfants sont nés en France grâce à une technique d’AMP, ce qui représente environ une naissance sur 40 [1].

Les parcours d’AMP sont connus pour être souvent longs et éprouvants, avec l’incertitude d’obtenir une grossesse et surtout une naissance au terme de ces démarches, rendant l’équilibre des couples parfois précaire.
L’impact de la procréation médicalement assistée (PMA) sur le bien-être et l’équilibre des couples a été très étudié lors de la dernière décennie, avec des résultats bien contradictoires.

Une étude danoise de grande envergure avec un long suivi

Cette étude de cohorte prospective, menée au Danemark entre 1994 et 2010, a concerné le risque de séparation/divorce de couples hétérosexuels ayant eu recours à au moins une technique d’assisted reproductive technology (ART) [2]. Les données de 42 845 femmes, entre 18 et 49 ans, ont été issues du Registre National Danois. L’ART a été définie comme toute intervention incluant la manipulation in vitro d’ovocyte et de sperme ensemble ou d’embryon à but de procréation et elle ne concernait donc pas la stimulation ovarienne et l’insémination intra-utérine (IIU).

Ces femmes ont été comparées à un groupe témoin de femmes du même âge (un cas pour cinq sujets témoins : 148 972 couples au total) issues de la population générale danoise et n’ayant pas utilisé ces techniques d’ART.

Il est important de souligner que, contrairement aux études précédentes, celle-ci était ajustée sur les principaux facteurs confondants responsables de divorce/séparation, à savoir : l’âge des hommes et femmes des couples, le niveau d’éducation, le statut marital ou en concubinage et le fait d’avoir déjà un enfant commun au début de l’étude.

Un risque de rupture diminué dans le groupe ART

À la fin des seize années de suivi, on note des taux de séparation/divorce de 20% et 22% (p < 0,0001) respectivement, chez les couples ayant eu recours à l’ART et chez ceux n’y ayant pas recouru.

En définitive, le risque de séparation/divorce apparaît plus faible chez les couples du groupe ART (Hasard Ratio [HR] =0,84 ; p < 0,0001), même après ajustement sur les facteurs confondants précités (HR = 0,83 ; p < 0,0001).

Une explication simple donnée par les auteurs à cette baisse du risque est le renforcement des liens et la grande communication nécessaires pour surmonter le long et difficile parcours de l’AMP et la plus grande capacité qui en découle à affronter les aléas de la vie à deux.

Enfin, on a étudié plus particulièrement la relation entre séparation/divorce et l’existence d’un enfant commun au sein du couple (né avant ou pendant les seize années de suivi). Il a été observé un risque plus important de séparation chez les couples n’ayant eu aucun enfant à la fin des seize ans de suivi, indépendamment du recours à une technique d’ART (HR =1,22 ; p < 0,0001) ou non (HR = 1,24, p < 0,0001). Avoir un enfant en commun serait donc un facteur protecteur de séparation.

Des résultats encourageants

Au total, le recours à ces techniques d’ART n’entraînerait pas d’augmentation du risque de séparation/ divorce et serait même bénéfique à la stabilité du couple. Par ailleurs, l’absence d’un enfant en commun serait le facteur le plus impliqué dans les ruptures.

Malgré quelques limites (notamment l’absence d’ajustement sur le caractère volontaire ou non de l’absence d’enfant, l’impossibilité d’ajuster sur tous les facteurs confondants de divorce ou la non prise en compte de l’induction de l’ovulation et de l’IIU), cette étude nous montre une vision rassurante de la stabilité des ménages ayant recours à l’AMP. Elle offre un réconfort pour les couples s’apprêtant à franchir le pas de la PMA et elle rend moins délicate la position des professionnels de la reproduction au contact de ces hommes et de ces femmes au quotidien.

Dr Marion AUPOMEROL
http://www.mediamed.org/medg/

Sources et références

1. Données issues du site de l’INSERM, sept 2013.
2. Martins MV, et al. The impact of ART on union dissolution: a register-based study in Denmark 1994-2010. Hum Reprod. 2018 Jan 23. doi: 10.1093/humrep/dey002.

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