Consultations annulées : des patients bientôt taxés ?

Selon le principal syndicat des médecins libéraux, chaque année en France plus de 28 millions de rendez-vous ne seraient pas honorés, et les médecins ne seraient pas prévenus par leurs patients.

Coup de sabre sur ce phénomène, la CSMF (Confédération des syndicats médicaux français) s’indigne et veut changer les comportements en taxant les patients « poseurs de lapin ».

Réserver un billet d’avion ou une chambre d’hôtel engage généralement le consommateur. Qu’il « consomme » ou non sa réservation, et sauf en cas de clauses spécifiques qui sont généralement payantes, un non-remboursement des sommes engagées sera la finalité de l’histoire. Dans la même direction, si la proposition de la CSMF entrait en vigueur, les patients « poseurs de lapin » devraient donc payer leur rendez-vous non honorés.

Bien que les rendez-vous pris pour une consultation médicale auprès d’un médecin libéral ne soient pas comparables en de nombreux points à un billet d’avion, il semblerait que le nombre fréquent de patients dans ce cas enraye les plannings des médecins libéraux. Ceci au point d’irriter le principal syndicat des médecins libéraux, la CSMF, qui voudrait mettre en place des mesures répressives.

Prendre rendez-vous chez son médecin et ne pas s’y rendre pour une quelconque raison peut arriver à n’importe qui. Et comme pour tout rendez-vous, la courtoisie voudrait que le médecin soit prévenu. La démarche n’est pas compliquée, les moyens de communication ne manquent pas et de plus en plus de médecins libéraux disposent d’un site Internet et d’un courriel professionnel, en plus du traditionnel téléphone. Seulement, il en serait autrement, puisqu’une étude réalisée en début d’année 2013 révèle des chiffres importants sur l’impact des rendez-vous qui ne seraient ni honorés ni décommandés.

La CSMF en campagne pour mettre à l’amende

D’après ce syndicat, qui dénonce le phénomène et souhaite « provoquer » par cette proposition une responsabilisation des patients, les conséquences des rendez-vous non honorés et non décommandés créeraient un manque à gagner de 742 millions d’euros. Ces consultations médicales annulées auraient aussi un impact direct sur le temps de travail des médecins libéraux, puisque chaque médecin perdrait en moyenne environ deux heures par semaine (ce qui correspondrait environ à 6 ou 8 consultations).

Pour arriver à ce constat, dans un contexte économiquement fragile et où la Santé n’est pas épargnée (déserts médicaux, « trou de la sécu », etc.), l’étude utilisée provient d’une enquête réalisée par l’URPS (Union Régionale des Professionnels de Santé) de Franche Comté.

Les résultats chiffrés sont sans appel, avec 530 000 consultations non honorées annuellement en Franche Comté. Rapporté à la France entière, ce « lapin géant » représenterait quelque 28 millions de consultations. Le manque à gagner financier s’ajouterait au fait que ces rendez-vous pourraient tous permettre à d’autres patients de venir en consultation.

Des solutions autres qu’un patient taxé ?

Naturellement, la solution qui s’impose est de responsabiliser le patient, lui donner une leçon de déontologie, et c’est ce que souhaite avant tout le CSMF. Comme pour bon nombre de débats alarmistes, et d’études mettant à jour des pertes colossales, il est important de prendre ces mesures avec des pincettes. Un débat s’ouvre sur une question que personne n’avait soulevée jusqu’ici, et qui pourrait bien animer d’autres débats allant dans le sens du patient — car avoir rendez-vous et attendre en salle d’attente, ça arrive aussi. D’ailleurs, lors d’un sondage CSA réalisé en 2011, ce dernier indique que « 15% des personnes interrogées se plaignent d'un délai d'attente trop long dans les cabinets de leur généraliste ».

Grâce à cette campagne médiatique du CSMF, gageons que l’écoute soit de rigueur, et que des esprits ingénieux fassent naître de nouveaux outils et fonctionnements de prises de rendez-vous pour enrayer ce phénomène (comme l’application mobile DocZen).

En attendant que cette enquête soit approfondie et qu’une amende voit le jour — et en modifie la teneur des articles du code de la santé publique — ne négligez pas votre relation avec votre médecin. Prenez, vous ou l’un de vos proches, le temps et le réflexe de l’informer de votre absence.

Sources


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