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Interview du Pr Collart : l'unité mobile UMAC à coeur ouvert

La technologie au service de la Santé et des patients. Télémédecine, consultation par Internet, détecteur de chute, aide auditive Bluetooth, guidage des malvoyants, géolocalisation des personnes âgées,… La technologie n'est pas qu'un moyen de remplacer les Hommes ou un isolement derrière un mur Facebook.

Alliée aux bonnes initiatives et aux bons usages, la technologie autorise de grandes chances de voir la vie se prolonger dans des situations d'urgence, comme dans la prise en charge des urgences et des détresses cardiaques. L'Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille peut se gratifier d'être un fer de lance depuis 2006 avec la première Unité Mobile d'Assistance Circulatoire (UMAC).


Avec le soutien du SAMU 13 et de la Sécurité Civile, l'équipe de l'UMAC est mobilisée 24h/24 et intervient en urgence dans l'ensemble des services de réanimation des hôpitaux et cliniques de la région PACA et Corse.

Leur intervention auprès des patients victimes d'infarctus ou d'inflammation aiguë du coeur (myocardite) a sauvé de nombreuses vies depuis son inauguration.

Rencontre avec le Professeur Frédéric Collart, qui dirige le service de chirurgie cardiaque adultes de l'Hôpital de la Timone, où a été créé une Unité Mobile d'Assistance Circulatoire (UMAC).


Interview du Professeur Frédéric Collart

Combien d’opérations menez-vous par jour et observez-vous une progression due aux changements de modes de vie ?

J’opère en moyenne trois patients par jour, quasiment tous les jours. Il n’y a pas vraiment de progression liée au mode de vie, mais la progression possible serait plus liée à l’âge. En fait, nous opérons des patients de plus en plus âgés, des personnes âgées de 80, 85 voire 90 ans, et avec des problèmes plus graves.

Comment est née la volonté de mettre en place une unité UMAC à La Timone ?

Cette volonté est née du fait qu’en 2005 nous nous sommes retrouvés dans une situation « tendue », avec deux jeunes patients de 25 et 28 ans, dont un se trouvait à Nice et l’autre à Gap. Ils avaient besoin d’un coeur et étaient dans un état très grave. Les équipes de leurs hôpitaux respectifs nous ont contacté car ils n’arrivaient pas à les maintenir avec des médicaments.

Ces jeunes patients ont été transféré vers Marseille par SAMU très rapidement, mais ils sont décédés pendant leur transport entre leur hôpital et La Timone. Cette situation a été un vrai choc et nous avons voulu réfléchir à adapter notre dispositif à ce genre de situation, où le malade est dans un état trop grave pour être transporté.

Nous avons donc souhaité mettre en place un dispositif avec un coeur artificiel temporaire. Au début c’était un peu « artisanal » techniquement, mais les deux premières expériences ont très bien fonctionné. Ensuite, nous avons amélioré notre matériel et adapté au maximum le matériel embarqué pour le rendre compact, tout en prenant le matériel en double.

Depuis 2006, environ 200 prises en charge ont été réalisé, à la fois pour des atteintes cardiaques et respiratoires. Et nous n’avons jamais eu de problèmes pendant les transports, même si certains patients sont décédés, sachant que ces patients étaient pris en urgence dans un état trop grave pour survivre, avec ou sans l’intervention d’une Unité UMAC.

L’Unité UMAC a été créée aux Etats-Unis ?

Non, et d’ailleurs c’est en Europe, et en France en particulier, que nous avons été les premiers à mettre en place l’UMAC. A La Timone, nous avons débuté en 2006, et petit à petit ça commence à se démocratiser, il y a quelques centres en France et en Allemagne qui se mettent en place.

Lorsque vous dites « démocratiser », c’est en rapport avec la complexité de mise en place de cette unité ?

Oui, l’UMAC est « lourd » à mettre en place, c’est beaucoup basé sur la disponibilité et le volontariat des équipes. Ceci nécessite donc une gestion des plannings assez complexe. Cette unité est donc contraignante et c’est ce qui fait que son essor est encore un peu lent.

Aussi, à l’inverse d’autres unités, comme celle de Paris où les déplacements se font en véhicules, à La Timone nous sommes les seuls à nous déplacer essentiellement en hélicoptère et avec un rayon d’action très étendu, sur la Région PACA et la Corse, et ceci 7j/7j 24h/24h. Nous sommes maintenant rodés, et nous avons un soutien remarquable du SAMU, de la Préfecture et de la Sécurité Civile.


Au niveau de l’équipe, est-ce qu’il y a des formations spécifiques que vous menez pour cette Unité UMAC ?

Oui, nous testons et évaluons en permanence du nouveau matériel des fournisseurs afin d’améliorer au maximum l’appareillage de coeur artificiel, la qualité des matériaux et la « transportabilité » du dispositif.

Tout cela permet aussi aux fabricants d’améliorer sans cesse leur matériel et aussi diffuser dans toute l’Europe les consoles portables pour équiper les ambulances et les hélicoptères. Les nouvelles technologies nous permettent ainsi de bénéficier des avancées au niveau des matériaux et des dispositifs.

Le financement d’un tel dispositif doit être important ?

En effet, tout ce matériel est très onéreux. La Timone a financé une partie du matériel, et l’industrie nous aide aussi en nous mettant à disposition du matériel afin de tester est faire évoluer les coeurs artificiels.

Malgré les contraintes d’un tel dispositif, c’est une très belle aventure, car nous avons pu sauver nombreux patients qui ont pu être soigné rapidement, puis greffé et retourner à la maison.

Les coeurs artificiels que vous utilisez dans cette unité sont temporaires ?

Même s’ils sont très performants, nous utilisons effectivement des coeurs artificiels temporaires. Ils sont essentiellement utilisés pour une ressuscitation. Les coeurs artificiels sont utilisés quelques jours, voire deux à trois semaines maximum suivant les malades.

Ensuite, soit ils sont greffés rapidement, soit nous installons un coeur artificiel de longue durée qui peut se garder quelques mois ou quelques années.

En terme d’évolution pour les coeurs artificiels, qu’est-ce qui vous semble encore nécessaire ?

Pour les coeurs artificiels temporaires les progrès sont assez excellents. Maintenant, il s’agit surtout de faire évoluer les consoles pour en améliorer le transport, et surtout des consoles pour mieux « monitorer » le patient. Tout ceci afin de fournir un maximum d’indicateurs et d’informations sur le patient (taux de potassium, d’hémoglobines, d’hématocrites, le degrés d’oxygénation du sang…) grâce à des petits capteurs. Améliorer la mobilité, la précision, pour pouvoir transporter les patients encore plus en sécurité.


Enfin, qu’est-ce que vous pensez d’Internet et de son rapport avec la santé ?

Nous n’avons pas trop affaire avec Internet pour l’instant, mais dans notre quotidien ça intervient de deux manières ; l’une positive, où les patients se renseignent de plus en plus avant les opérations et se préparent ainsi en amont avant leur consultation. L’autre point, plutôt négatif, c’est que sur Internet les informations sont un peu des généralités parfois trop lapidaires, qui ne s’adaptent pas précisément à chaque patient. Ce qui peut faire naître parfois des anxiétés et des interprétations (cybercondrie, ndlr.). Mais globalement les patients sont de mieux en mieux informés.

Un autre avantage positif d’internet pour les professionnels de santé, c’est que nous pouvons communiquer plus rapidement entre confrères, et consulter des dossiers de patients qui se trouveraient trop éloignés. Par exemple, l’avantage de pouvoir consulter des coronarographies ou un scanner en temps réel est un véritable atout. Notamment dans notre cas avec l’Unité UMAC, afin de pouvoir « trancher » sur l’évidence de certains déplacements, et prendre la bonne décision.

Sources


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